Winchester Boys

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 UN ANGE PASSE...

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Laeti Gouret
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MessageSujet: Re: UN ANGE PASSE...   Jeu 18 Juin - 12:49

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RIP Chester à jamais dans nos cœurs   Sad
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kalid
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MessageSujet: Re: UN ANGE PASSE...   Jeu 24 Déc - 17:01

Sam raccrocha en soupirant. Certes, il était reconnaissant à Caleb de l'avoir averti, mais en même temps il avait aussi le moral en berne parce qu'il savait qu'il avait raison. Malheureusement. A l'origine, Dean était déjà du genre casse-cou, mais les derniers événements avaient fini d'exacerber ce trait de caractère. Un jour il finirait par y rester... si lui ne le tuait pas avant.

Ok, il était tombé amoureux de la belle Amy. Ok, elle était morte. Ok, il en faisait une affaire personnelle. Mais ce n'était pas une raison suffisante pour foncer tête baissée sur l'ennemi. Surtout un ennemi sur lequel on ne connaissait au final que bien peu de choses. Après tout, si l'on en croyait Caleb, ça faisait plusieurs millénaires que leur présence n'avait pas été avérée. Mais les sirènes savaient rester discrètes. Entre les chasseurs qu'elles dupaient, les témoins dont elles se chargeaient et leurs diverses apparences, nul doute qu'elles savaient couvrir leurs traces. Nul doute aussi que leur espèce s'éteignait. L'âge d'or des sirènes était bel et bien révolu. Restait plus qu'à le leur faire comprendre...

Comprendre... ça aussi il en rêvait. Pourquoi eux ? Pourquoi maintenant ? Et par dessus tout, pourquoi Dean lui cachait-il la vérité sur cette journée du 2 mai 2004 ? Il avait bien tenté de tirer les vers du nez de Caleb, mais il s'était heurté à l'obstination du jeune homme.

"Dis Caleb, tu sais ce qu'il s'est passé le 2 mai 2004 ?"

"Demande à ton frère !"

"J'ai bien essayé mais il refuse de me répondre."

"Je suis désolé, ce n'est pas mon rôle. Et puis, j'ai promis..."

Il avait promis. Promis de ne rien dire, mais à qui ? A John ? Peu probable. Autant ils étaient amis, autant ils pouvaient rapidement ne plus se supporter... A qui alors ? A Dean ? Dean... Dean. Ce frère qui le protégeait depuis ses six mois. Ce frère qui était tout pour lui. Sa seule famille. Sa bouée. Sa raison de vivre. Et tout ça menaçait de disparaître en un claquement de doigts !... Tout ça à cause d'une chasse. Tout ça à cause d'une fille. Tout ça à cause de lui... Il soupira. Oh oui, il était coupable... Si Dean ne jouissait pas de bonnes conditions au départ, il avait forcé son destin. Sans leur dispute, il ne serait pas parti. Il n'aurait pas foncé droit sur le piège qu'elles lui avaient tendu. Peut-être que si... mais dans un sens, ça l'arrangeait de se sentir coupable. Comme une sorte d'autopunition qu'il devait s'infliger. Son frère était parti par sa faute. Dieu seul savait où il était maintenant et quel danger il encourait.

Pendant ce temps...

"Tu sais ce que ça signifie pour nous ?"

"Ouais..." (faisant la moue)

"Mais bon, il nous reste bien de quoi nous amuser, non ?"

Kelly esquissa un minuscule sourire.

"Tu m'as l'air bien soucieuse. C'est l'Elu qui te fait cet effet ?"

Silence lourd de sens.

"Ce n'est qu'un humain !"

"Tu sais très bien que c'est bien plus que ça..."

"Ok. C'est un humain avec un petit plus... et alors ? ça n'en reste pas moins un humain."

"L'Elu est une denrée rare pour notre race. Deux ou trois par millénaire. Pas plus. Il n'y a pas là de quoi satisfaire tout un peuple et c'est bien pour ça qu'on les considère comme quelque chose de sacré. Mais c'est tout à la fois un don et une malédiction car s'il peut garantir amour et descendance à notre peuple, il peut tout aussi bien apporter mort et désolation..."

"Tu m'en diras tant... Ils l'ont tuée."

"Maman était l'une d'elles, l'une de ces personnes extraordinaires... et elle a été victime de la folie des hommes. Les humains n'ont jamais été très doués pour accepter les différences. Elle était trop proche de nous et de notre monde... Ils n'ont pas cherché à comprendre. Ils l'ont jugée et elle a payé. Nous aussi... La différence c'est qu'elle n'était qu'humaine."

"Et après on se demande pourquoi je déteste autant les humains !..." (éclairs dans les yeux)

"Fais-moi rire ! Toi ? Ton aversion pour les humains ? Tu les adores !... A ta façon, ça j'te l'accorde, mais tu les adores..."

"Ne sont-ils pas adorables ? Avec leur air triomphant alors qu'ils croient avoir gagné le gros lot. Avec cette moue étonnée quand tout ne se passe pas comme ils l'auraient voulu. Et puis (et surtout) quand la peur, la terreur et l'horreur émanent de leur corps comme un doux parfum enivrant. Rien que d'y penser, j'en frissonne... de plaisir, ça va sans dire."

"Tu as une bien curieuse façon de les détester..." (en riant)

"Voir la dernière étincelle de vie s'échapper de leurs yeux alors que l'étau se resserre et que l'os est sur le point de rompre... ça c'est extra ! Pour un palais comme le mien, l'humain a un goût de paradis..." (yeux brillants d'envie)

"J'avoue que de toutes les créatures, c'est de loin l'humain le plus délicieux. Le plus nourrissant aussi..."

"Un dîner à deux, ça te dit ?"

Kelly éclata d'un rire franc.

"T'as vraiment un don pour formuler les invitations qui n'appartient qu'à toi !" (large sourire)

"Alors c'est un oui ?" (toute excitée)

"ç'aurait été avec plaisir, mais avec Sheryn..."

Sa cadette soupira.

"Sheryn.... Toujours Sheryn...T'as pas l'impression de trop la materner ? Elle est grande tu sais. Elle peut très bien se prendre en charge toute seule."

"Tu sais très bien que c'est faux ! Elle n'est pas encore prête. Sa mémoire est encore fragile. On ne peut pas se permettre de la perdre une seconde fois. Et tu sais ce que ça signifie ?"

"Que tu vas la materner encore pour longtemps..."

"Chrissy !"

"Quoi ? C'est pas vrai peut-être ?"

Kelly posa son regard bleu océan sur sa sœur avec insistance et avec une moue quelque peu réprobatrice, ce qui ne manqua pas d'arracher un sourire à la cadette.

"J'avais oublié combien ça pouvait être amusant..." (en soutenant le regard d'acier de son aînée)

"Ce n'est pas un jeu !"

"Tu crois...?" (tout sourire)

"C'est très sérieux. Sheryn... elle est..."

"Elle est celle par qui tout arrive... Merci, ça va, je connais le classique. Une prophétie. Une légende. Rien de plus. Pas de quoi en faire toute une maladie !"

"Une légende ? Crois-moi, tu aurais quelques siècles de plus, tu ne dirais pas la même chose..." Et c'est reparti !

"Beaucoup disaient que notre disparition n'était qu'une légende. Vois où on en est aujourd'hui !..."

"ça va. On a compris. T'es une vieille."

"Ne prends pas ça à légère ! ça n'a jamais attiré que des ennuis."

"Une vieille qui ne sait pas s'amuser..."

"Christine !"

La principale intéressée se raidit et son visage se fit plus dur.

"De quel droit est-ce que tu oses...? Ne m'appelle plus jamais ainsi !"

"Chrissy..."

"Va te faire voir !"

"Ecoute..."

"Non mais t'as raison. Allez ! Vas-y ! Puisque cette prophétie compte autant pour toi... Si elle vaut plus qu'une soirée avec ta sœur, vas donc revoir Sheryn."

"C'est aussi ta sœur !"

"Oh ! C'est vrai ? Et moi qui croyais qu'il y avait une certaine hiérarchie... C'est vrai après tout. C'est la petite princesse... C'est elle qui est appelée à devenir reine. Et moi dans tout ça, hein, je suis quoi ? Une simple servante ? Un pion qu'on peut manipuler comme bon vous semble ? Très peu pour moi !"

"Mais c'est elle notre mission !... C'est notre rôle de la protéger, de la hisser sur ce trône qui lui est dédié !"

"Ouvre les yeux, tout ce qu'elle veut, c'est être normale. De nous toutes, elle a toujours été la plus humaine. Elle aime ce monde ; elle n'est pas prête à le quitter."

"Elle le fera. Pour notre bien à tous, elle le fera..."

"L'avenir me donnera raison, tu verras. Elle n'a jamais été la petite fille malléable que Père a fait de toi..."

Une main droite vint s'abattre sur sa joue. Le regard blessé et la joue endolorie, la jeune Chrissy tremblait.

"Et ça ose s'appeler une sœur..."

"Chrissy..." (d'un air désolé)

"Ne compte même plus sur moi !"

Et elle s'évapora dans les airs.

"Chrissy !"

Elle soupira entre rage et tristesse.

"Sale gosse !"


Chrissy se matérialisa au bord de l'Hebgen Lake et s'installa confortablement sur l'herbe fraîche et légèrement humide. Après cette énième dispute avec sa sœur - et elle se jurait bien que ce serait la dernière -, Chrissy avait besoin de se changer les idées. Et quel meilleur moyen que de partir à la chasse... à la chasse à l'homme bien sûr. Oh ! Elle n'avait rien contre les femmes, mais avec les mecs c'était toujours sensiblement plus drôle... plus amusant... Un moment délicieux et délicat. Un moment d'anthologie. Elle en salivait d'avance.

Mais toute chasse comprenait une phase non négligeable de préparation. Il ne fallait pas croire, chasser en y prenant plaisir était tout un art. Déjà il fallait choisir l'environnement idéal. Sirène ou non, elle ne crachait pas sur le petit côté romantique. Qu'importe si de toute façon tout finissait par tourner au tragique - enfin, tout dépendait du point de vue. Passé ce détail, il restait à appâter. L'habit ne faisait certes pas l'humain mais ça y contribuait fortement. Il n'y avait qu'à voir l'effet que produisait cette robe blanche légère et vaporeuse, au décolleté plongeant, sur les cœurs des hommes prétendument pris !... Et puis il y avait sa voix, cette voix si pure... si cristalline... tellement trompeuse... qui charmait ces esprits dont sa beauté avait déjà fait chavirer les cœurs.

Forte de ces atouts, Chrissy savait qu'elle allait gagner. Dans ces moments-là, seul restait le plaisir de jouer. Elle se mit à sourire et commença à chanter. Une mélodie douce... mélancolique... Des paroles comme autant de notes de musique. Le charme d'une voix puissante allié à des accents subliminaux.

Viens vers moi !

Ne restait plus qu'à ferrer le poisson... ce qui ne tarderait pas.

Viens vers moi !

"Dites-moi, que fait une jeune demoiselle comme vous, seule ici à une heure aussi tardive ?"

"J'admire la lune... N'est-elle pas sublime ? Solitaire. Discrète. Et en même temps, totalement indispensable. Personne n'envisagerait un seul instant de vivre sans elle... Parfois j'ai l'impression d'être comme elle. Banale et unique tout à la fois. Vous ne trouvez pas...?"

Le silence d'un homme subjugué fut sa seule réponse. Elle sourit pour elle-même et fit semblant d'être embarrassée.

"Suis-je sotte, je ne vous ai même pas proposé de... ça vous dirait de me tenir compagnie pour cette nuit ? Je promets d'être sage..." (petit sourire coquin)

"Bien volontiers..." (s'installant à ses côtés)

C'était une proie idéale, elle le sentait, et ça ne faisait que confirmer ce qu'elle savait déjà. Son dîner était servi...

Elle se complut quelques longues minutes dans ce rôle de jeune et belle ingénue qu'elle s'était créé, ponctuant la conversation de rires et de sourires. Elle jouait les naïves, feignant de ne pas comprendre les gestes de son hôte. Mais elle savait mieux que ça. Elle sentait le désir monter chez le jeune homme, comme autant de vagues de chaleur... Elle sentait les battements de son cœur s'accélérer en même temps que sa respiration... Elle le voyait se rapprocher... Il était mûr.

Elle se tourna lentement et se laissa entourer par les bras du jeune homme, s'abandonnant à ses caresses, lui laissant prendre l'initiative avant que... Il commença à paniquer. Sa respiration se fit saccadée. Son visage s'empourpra. Il délaissa la belle pour porter les mains à son cou.

"Quelque chose ne va pas mon ange ?" (feignant la surprise et l'inquiétude)

Elle n'obtint que de pathétiques râles et un regard implorant pour seule réponse. Il ne comprenait pas. Pourquoi elle ne bougeait pas ? Pourquoi elle ne faisait rien pour l'aider ? Plus il se posait de questions plus il paniquait. Et plus il paniquait plus elle prenait du plaisir. Cruelle ironie. Elle l'observait avec attention alors que le pauvre bougre fronçait ses sourcils et écarquillait tout grand ses yeux. Elle se mit à sourire tout en se passant la langue sur les lèvres. Il approchait du moment crucial... si l'on pouvait l'appeler ainsi. Elle pouvait déjà l'entendre. Cette tension. Ce petit déchirement qui ne demandait qu'à s'étendre. Elle s'apprêtait à lui donner le coup de grâce quand soudain...

"Mais c'est que nous avons un invité !... Viens donc, n'aie pas peur !" (en se retournant tout sourire)

Il y eut un léger cliquetis et soudain une silhouette se dessina sous les doux rayons de la lune. Elle sourit.

"Tu viens assister au spectacle ?"

"Laisse-le partir !" (en la braquant de son arme)

"Je ne crois pas non. De toute façon, c'est trop tard..." (d'un air faussement triste)

Et effectivement, à peine quelques secondes plus tard, un craquement significatif et pour le moins sinistre se fit entendre. Le corps du jeune homme s'écroula lourdement sur l'herbe.

"Tu vois ? Je te l'avais dit... Mais revenons à nous. Notre dernière rencontre ne t'a donc rien appris ? Tu sais très bien que cette arme ne me tuera pas..."

Un large sourire éclaira son visage et ses lèvres s'étirèrent en un rictus moqueur. Une déflagration retentit. Il se tenait toujours là, debout, le bras tendu, le canon fumant de son arme à son extrémité.

"Non, mais c'est extrêmement douloureux."


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kalid
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MessageSujet: Re: UN ANGE PASSE...   Ven 25 Déc - 14:38

Suite au coup de feu, le corps de Chrissy avait basculé vers l'arrière, sans toutefois tomber. Dean le savait, il n'avait fait qu'égratigner la sirène. S'il l'avait blessée, c'était surtout dans son amour-propre - et ça, il n'aurait aucun mal à l'admettre, ce n'était pas pour lui déplaire... Il sourit. Cette soirée ne faisait que commencer et il ne cracherait pas sur une sirène au souper...

C'est elle qui avait ouvert les hostilités en s'attaquant à son amie... non à sa petite amie... Bon, c'est vrai que sans ça, par sa nature, il l'aurait sans doute quand même chassée mais là... Là c'était devenu une affaire personnelle. Et d'une banale chasse on était passé à la traque de sirènes... à l'accomplissement d'une vengeance... Dut-il en mourir, il les poursuivrait et les ferait disparaître à jamais. Et de légende elles redeviendraient légende. En attendant ce moment fatidique...

"On ne t'entend plus mon cœur... aurais-tu perdu ta langue ?" (tout sourire)

"Vous..."

"Vous ? Ouh ! ça me blesse !... Après tout ce qu'on a vécu ensemble, toi et moi, je pensais qu'on pouvait se dire 'tu'..."

Crispée dans une position à l'équilibre somme toute précaire, la sirène fulminait de rage.

"Comment avez... Comment as-tu osé...?"

"Quoi ? ça ? Désolé, j'ai pointé... mon doigt chatouillait la détente... Fallait s'y attendre... Le coup est parti tout seul..." (d'un air innocemment innocent)

La sirène n'avait pas encore relevé la tête, trop occupée à ruminer sa vengeance... à moins que ce ne soit qu'un moyen d'intimidation... A vrai dire, Dean n'en avait cure. Qu'importe le danger, il tenait enfin sa vengeance.

"Allons, faut pas bouder comme ça !... C'est une boutade ! Entre personnes civilisées... Encore que je ne sache pas si tu l'es vraiment. C'est pas comme si t'étais morte non plus ! De toute façon, tu peux pas mourir, j'vois pas le problème, chérie !..."

"Le problème ? LE PROBLEME ? Le problème c'est que tu viens de m'humilier... d'humilier une sirène... et crois-moi, nous sommes assez susceptibles... Et tu conviendras avec moi qu'il n'est jamais bon de s'attirer les foudres de ce que l'on ne connaît pas. Il n'est jamais bon de jouer avec moi. Je gagne toujours."

Elle releva enfin la tête, révélant des yeux vert émeraude comme illuminés. Le vent commença à monter, tourbillonnant doucement puis de plus en plus fort à mesure qu'elle y mettait tout son cœur. Les cheveux ondulant au vent, elle savourait déjà sa victoire prochaine. Elle avait le sourire aux lèvres et ce petit rictus moqueur qui avait fait ses beaux jours. Rien ne laissait présager ce brusque changement de comportement. Le sourire s'estompa pour laisser place à un visage plus grave. Elle pencha la tête sur le côté et observa attentivement son interlocuteur.

Devant elle se tenait Dean, les deux pieds solidement ancrés au plancher - enfin, si l'on pouvait dire -, à peine ébouriffé par la micro-tempête qui avait élu domicile juste au-dessus de sa tête. Pour peu, elle lui aurait juste paru insignifiante... tout au plus incommodante. Rien de bien méchant en somme. Et il était sûr que ce n'était pas l'effet escompté.

"Quelque chose ne va pas, trésor ?"

Elle continuait de le fixer d'un regard neutre, presque froid. Tout mais ne pas montrer ses émotions. Et pourtant elle en avait... Elle se posait des questions surtout. Quel était donc cet homme qui se tenait devant elle ? Par quelle magie pouvait-il prétendre lui résister... à elle, une sirène ? Serait-il lui aussi un Elu ? Non. Non... Deux êtres extraordinaires dans un même bled relevait du miracle. Et puis elle n'était pas une idiote. Elle était adulte. A presque un millénaire, elle pouvait tout de même se targuer de pouvoir reconnaître un Elu quand elle en voyait un. Et lui... lui n'en avait ni la carrure ni le charisme. C'était juste un sale petit emmerdeur.

"Tu veux ma photo ? Pour toi, ça fera 2000 dollars... Et ouais, c'est que j'ai du succès chez les filles !..."

Un emmerdeur prétentieux.

"Alors, aussi vrai que je t'apprécie, je ne peux pas te faire un tel cadeau. Tu m'en veux pas, hein ?"

Un emmerdeur de première classe agaçant et prétentieux.

"Il t'arrive de la fermer ?"

"Oh ! Je t'ai blessée !... Pauvre... Pauvre... Pauvre petite sirène !..."

"ASSEZ !" (pleine de rage)

Une mini tornade s'éleva au-dessus d'elle, menaçante.

"ça doit être pratique pendant les fortes chaleurs de l'été..." (admiratif)

ça n'était décidément pas la réponse qu'elle attendait, encore moins le genre de comportement qu'elle tolérait... En moins de temps qu'il n'en faut pour le dire, elle se retrouva devant Dean, les yeux brillants, le sourire aux lèvres.

"Tu viens t'amuser avec moi ?"

Il porta ses mains à son cou et son visage prit une teinte violacée. Il avait du mal à respirer. Ses yeux s'exorbitaient sous l'irrésistible compression de son cou. L'air se raréfiait dans son système et les effets commençaient à s'en faire ressentir. Dire que Chrissy était aux anges était plus qu'un euphémisme. Elle jubilait. Plus que quelques secondes et cet humain serait rayé de la surface de la Terre. Une grande satisfaction pour tout le peuple des sirènes. Un léger retard dans son planning.

Elle l'observait en souriant alors que les seuls sons qui sortaient de sa bouche n'étaient que des râles pathétiques, parfois entrecoupés de hoquet, souvent suivis de silences. D'ailleurs, le dernier en date semblait s'étendre à l'infini. Le sourire de la sirène s'étira. Au clair de lune, le visage figé dans la terreur, le corps inerte, le souffle littéralement coupé, Dean semblait avoir rendu l'âme...

Elle s'approcha de lui de quelques pas, histoire d'admirer son œuvre.


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MessageSujet: Re: UN ANGE PASSE...   Ven 25 Déc - 22:45

fiou quelle suite !!!!!!


merci beaucoup tu es très talentueuse




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kalid
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MessageSujet: Re: UN ANGE PASSE...   Sam 26 Déc - 12:14

Merci... Tout ça pour moi ?


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MessageSujet: Re: UN ANGE PASSE...   Sam 26 Déc - 14:13

"BOUH !"

La sirène recula par instinct.

"J't'ai fait peur hein ?! J'en r'viens pas que t'aies marché à ce point. En même temps, je dis 'marché', mais là t'as carrément couru ! C'est à ça qu'on reconnaît les vrais talents. J'ai pris exemple sur l'autre là-bas - paix à son âme -, sauf pour la fin. Avoue quand même que ça avait de la gueule..."

En fait, si elle avait quelque chose à avouer, c'est que son orgueil venait d'en prendre un coup. Humiliée. Elle avait été humiliée... et devant un simple humain en plus !... Non, elle n'avait pas peur ; elle était tout au plus étonnée. Mais le sentiment qui dominait en elle était de la pure rage. Une rage certes dissimulée derrière un visage impassible, mais une rage incommensurable et bouillonnante.

"Allons, ne fais pas cette tête !...Tu m'croyais tout de même pas assez stupide pour venir ici sans un minimum de précaution ? Tu sais bien que c'est pas mon genre, trésor... J'ai beaucoup, beaucoup, beaucoup plus de style que ça !..." (clin d'œil)

"ASSEZ !"

"Laisse-moi réfléchir... Naaaaaaannnn !... Moi aussi j'ai envie de m'amuser... Ché-rie !"

"Alors viens t'amuser avec moi !..."

"J'ai toujours adoré ce genre d'invitation..."

"Viens t'amuser avec moi !" (en prenant le visage d'Amy)

Dean serra des dents et le doigt sur la gâchette, il finit par tirer.

"Avec plaisir..."

Pendant ce temps...

"Où est Chrissy ?"

"Pas là..."

"Oui merci, ça j'avais remarqué mais..."

"On s'est disputées..."

"Vous vous êtes encore accrochées. Décidément, on ne peut jamais vous laisser toutes les deux sans que... Laisse tomber. C'était quoi cette fois ?"

"Elle refusait de comprendre..."

"Vous... Vous vous êtes fâchées à cause de moi, n'est-ce pas ?"

Silence.

"C'est ça hein ?!"

Kelly baissa la tête. Tout mais ne pas croiser le regard de sa cadette.

***

"AAAAÏÏÏÏÏEEEEEEEEEE ! Mais t'es cinglé !? ça fait mal !..."

"Bah c'est justement ça qu'est amusant. Pouvoir te blesser... Te voir souffrir... encore et encore et encore. On est à égalité comme ça."

"Tu me déçois beaucoup, chouchou..." Chouchou ?

"Je t'interdis de m'appeler comme ça ! Tu n'es pas elle !..."

"Oh ! Tu crois...?"

Dean fronça les sourcils.

'Amour ? Tu peux reprendre une respiration normale. Je ne voudrais pas que tu meures prématurément... ça serait vraiment dommage. Surtout que j'avais prévu quelque chose de très spécial pour ce soir... si tu vois c'que j'veux dire...'

Dean pâlit d'un coup. Se pouvait-il que...?

"Allons, allons, ne fais pas cette tête, mon ange. Ce n'est que justice. Tu m'as trompée, je t'ai trompé... C'est juste que tu l'ignorais encore. ça a du bon, je dois dire... Se faire susurrer des mots doux par un humain consentant n'est pas courant pour une sirène. Réjouis-toi, je prends ça comme un cadeau !..." (sourire éclatant)

Il était écœuré. Il s'était fait avoir. La femme qu'il aimait était morte et il avait fait vraisemblablement la cour à sa meurtrière. Ironique hein ? Les derniers souvenirs qu'il avait d'elle n'étaient finalement que poussière. Rien n'était vrai et lui, lui, il n'avait même pas été fichu de s'en apercevoir. Pour sa bêtise, il se serait bien tiré une balle mais quelqu'un la méritait encore plus. Et ce quelqu'un se trouvait juste en face de lui... Un nouveau coup de feu retentit.

"Et c'était déjà ton second cadeau... Tu me l'as offerte. Quoi que tu en penses, tu me l'as servie sur un plateau et j'en ai fait bon usage. Un si beau cadeau..."

Il y eut une nouvelle salve de coups de feu. Dean n’éprouvait même plus la force de crier. Etait-ce d’ailleurs utile ? La sirène n’en aurait été que plus heureuse et ce n’était pas dans ses intentions. Non. Crier… Hurler ne servait à rien. A quoi bon ? Son arme faisait si bien ce travail à sa place. ça lui faisait du bien mais tout de même ! Il y avait ce rire… non pas un rire… plutôt un ricanement, un ricanement moqueur qui lui rappelait qu’il avait beau tirer, le résultat restait invariablement le même. Cette saloperie était toujours en vie. A son grand regret.

"Tu sais qu’elle m’a supplié… Arrêtez ! J’vous en supplie ! Ne me faites pas de mal ! Ne lui faites pas de mal ! Dieu qu’elle était pathétique ! Toujours à penser aux autres… Elle aurait mieux fait de penser à sa pomme. Elle aurait mieux fait de ne jamais te rencontrer. A bien y réfléchir, tout ce qui est arrivé est de ta faute. Tout ! Tu ne l’aurais pas draguée, elle ne serait pas morte. Tu ne serais pas sorti avec elle, elle serait toujours en vie. Elle serait toujours en vie … elle et son bébé"

Au mot ‘bébé’, Dean releva la tête.

"Elle ne te l’avait pas dit ? La vilaine petite cachotière !"

"Ne parle pas d’elle comme ça !"

"Ne parle pas d’elle… Ne parle pas d’elle… Mais l’aurais-tu oublié, elle c’est moi et je suis elle"

"Tu n’es pas Amy ! Elle valait bien plus que toi !"

"Tu t’avances, mon grand. Je ne vois pas en quoi elle aurait plus de valeur que moi. Non mais tu aurais dû l’entendre !... J’vous en supplie, ne faites pas de mal à mon bébé !... Pathétique ! C’était juste pathétique. Pathétique et délicieux. La voir se rabaisser devant moi… pouvoir enfin lui rabattre son caquet à cette traînée d’humaine, ça c’était le must du m…"

Il y eut de nouveau un coup de feu.

"Tu sais que tu commences sérieusement à m’énerver avec ton joujou ?" (s’impatientant).

"Tant mieux !... " (sur un ton froid)

"Pas assez amusant, je trouve…"

Il la fusilla du regard.

"Toi comme moi savons que tu ne fais que me chatouiller avec ton arme de pacotille. Toi comme moi savons que je ne peux pas mourir…" Il y a toujours un moyen de forcer le destin, pétasse !

"Sans blague ?!"

"Vous crevez jamais !? Vous devez être super vieilles alors ! ça te fait quoi ? Deux cents ans… ? Trois cents ans ?"

"Tu es bien loin du compte, pauvre mortel !" Pauvre mortel… pauvre mortel ??? J’lui en foutrais des pauvres mortels !...

"Combien ?"

"Je foule cette terre depuis bientôt 997 ans !... Les temps ont changé depuis cette date… Les humains aussi. Plus aucun respect !"

"Pauvre petite chose !" (air faussement affligé)

"On nous offrait des cadeaux à l’époque… Maintenant on est obligées de se servir soi-même, c’est déprimant !"

Dean grimaça à ces paroles. Cette créature était vraiment dérangée.

"N’empêche vos mille piges ! J’ose même pas imaginer votre tête. Sérieux, j’comprends pourquoi vous changez d’apparence ! ça doit pas être joli joli !"

"Comment oses-tu… ? On porte les cheveux blancs c’est vrai, mais avec grâce et modestie… par-dessus tout, c’est la beauté intérieure qui compte, pas l’apparence…"

"J’attends de voir… Là comme ça, tout de suite, j’ai beaucoup de mal à t’imaginer avec des écailles, une queue de poisson etc."

Chrissy éclata de rire.

"J’ai dit quelque chose de drôle ?" (arquant un sourcil)

"T’es pas tombé sur la bonne sirène, mon ange !"

Devant l’air abasourdi de Dean, elle se sentit obligée de lui expliquer.

"Nombre de mes sœurs sont ce que vous appelez, vous humains, des sirènes. Moi je suis différente…"

"Ah ouais ?"

"Ouais…"

Et sous ses yeux médusés, son dos se para de grandes ailes brunes alors que le bas de son corps se couvrait de plumes et que l’extrémité de ses mains se muait en serres. Elle portait une longue chevelure blanche qui lui tombait nonchalamment sur les épaules et dans laquelle s’entremêlaient un tas de choses dont Dean ne voulait même pas connaître le détail. Et pour clore ce portrait déjà peu flatteur, elle avait un visage si émacié et tellement ridé que Dean avait l’impression de voir un cadavre… Zombie ; il connaissait. Sirène à plumes c’était tout nouveau pour lui.

"Ah ouais, quand même !"

"Alors qu’est-ce que t’en dis ?"

"J’en dis que tu es une idiote."


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MessageSujet: Re: UN ANGE PASSE...   Mar 29 Déc - 13:45

olalala ça donne l'eau à la bouche...juste enviede dire : vivement la suite (mais je pousse un peu la non ? Rolling Eyes )



merci beaucoup pour cette suite!!!





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MessageSujet: Re: UN ANGE PASSE...   Mer 30 Déc - 19:48

C'est trop bien j'aime beaucoup





  
RIP Chester à jamais dans nos cœurs   Sad
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kalid
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MessageSujet: Re: UN ANGE PASSE...   Jeu 31 Déc - 12:41

Merci c'est gentil... Et... voici la suite !

*********************************************************
Elle eut une moue vexée avant qu’un énième coup de feu ne retentisse. Un cri strident s’éleva dans la nuit. Il venait de la toucher au flanc et pour la première fois de la soirée, la blessure ne semblait pas vouloir se refermer.

"Raté !" (dans un semblant de sourire)

"Pas tout à fait… Maintenant on va pouvoir s’amuser…"

"Tu sais à quoi tu t’attends si tu me laisses en vie… ?"

"Mais qui parle de te laisser en vie ? Non… Je veux juste m’amuser un peu…"

"Alors qu’est-ce que tu attends ? Tire ! Tire et vise bien cette fois !!"

"Je ne crois pas non… C’est exactement ce à quoi je pensais, la petite touche mélodramatique en moins. Il y a beaucoup de sang, j’avoue, mais une dure à cuire comme toi… tu devrais survivre encore quelques heures, non ? N’empêche je n’aurais jamais cru ça de toi… te plaindre comme ça… C’est étrange comme la souffrance met humains et créatures sur le même pied d’égalité."

"Je ne comprends pas…"

"Tu ne comprends pas quoi ? Pourquoi tu es toujours en vie ? Allons, fais donc marcher un peu ta cervelle de moineau ! Ne me fais pas honte !"

Elle pencha la tête d’un côté puis de l’autre sans mot dire.

"Décidément, faut vraiment tout vous expliquer à vous autres, sirènes. Et ça s’appelle la race supérieure ! Laisse-moi rire !"

Elle le foudroya du regard, mais il n’en eut cure. Il poursuivit sur sa lancée.

"Alors comme ça, tu ne comprends pas… Laisse-moi te rafraîchir un peu la mémoire. Tu sais ce que m’ont valu tes orgies ?"

A ces mots, elle ne put s’empêcher de se lécher les lèvres et de sourire (entre deux grimaces). Dean s’approcha dangereusement d’elle. Il ne supportait plus cet air pédant, cet air supérieur.

"Tu m’as pris la femme que j’aimais… et bien plus encore !"

"Oh ! Je t’ai fait de la peine ? Pauvre… pauvre… pauvre petit chasseur !..."

"Je vois que tu as saisi l’essentiel…"

Elle sourit.

"Tu comprendras donc que je ne pouvais pas laisser passer ça. Alors oui, je voulais te voir souffrir…"

"Une vengeance ? Intéressant…"

"Mais plus encore maintenant, je veux te voir me supplier…"

"Tu délires mon grand !"

"Je veux te voir me supplier comme Amy l’a fait avant toi. Oh ! Je ne parle pas de t’épargner. Non. Non… Ce serait un sort bien trop doux pour toi. Non, je veux que tu me supplies de t’achever…"

"Tu prends tes rêves pour une réalité, mon ange ! C’est pas une malheureuse balle qui…"

"Tu marques un point."

On entendit plusieurs détonations. Suivies de cris tout aussi stridents que le premier. Il venait de tirer une nouvelle fois sur la sirène. Pas pour la tuer. Non… il en connaissait le moyen et il gardait le meilleur pour la fin. Non. Il voulait la voir souffrir… il voulait l’humilier… la rabaisser au niveau de ceux qu’elle détestait le plus : les humains. Alors il avait tiré là où ça faisait mal… les genoux et, après mûre réflexion, dans les ailes à la jointure, là où faisaient corps son côté femme et son côté sirène. Et à la voir se traîner pitoyablement sur l’herbe, il avait fait le bon choix.

"Alors… ? Quelque chose à me dire mon ange ?" (sarcastique)

Elle prit une grande inspiration. Elle commençait à avoir du mal à gérer la douleur.

"Va… te… f-faire… f-foutre !"

"Tttt… Quel langage ! Vilaine fille ! C’est comme ça que tu me remercies…?"

La principale intéressée, dans un geste pour le moins désespéré, tenta de le blesser mais ne réussit qu’à le griffer.

"Salope !" (en lui assenant un violent coup de poing)

"Je t’apprends la souffrance et tu… Indigne va ! Tu sais que ça mérite punition, hmm ?"

Il crut discerner une once de peur dans les yeux de son ennemie, mais ce fut si rapide qu’il pensa avoir rêvé… L’instant suivant, il avait logé trois nouvelles balles, dans ses mains griffues et dans son autre flanc. La douleur devait être insupportable maintenant. Tout ce sang qui maculait l’herbe verte… Tous ces points d’entrée qui ornaient son corps… Tous ces gémissements… Ce spectacle était si délicieux !... Elle était… elle semblait à point.

"Alors comment tu te sens ? C’est douloureux n’est-ce pas, trésor ?" (en la caressant de son arme)

Chrissy eut un geste de recul qui lui fit le plus bel effet. Elle avait perdu de sa superbe. Pour peu, arrangée comme elle l’était, elle aurait presque pu paraître humaine.

"Fais-le…" (dans un soupir)

"Pardon ?"

"Tue-moi…"

"Désolé, j’ai rien entendu…"

"Tue-moi merde !"

"Et le mot magique ?"

Elle soupira. C’était déjà assez humiliant comme ça sans en rajouter. Elle le voyait jubiler du coin de l’œil. Elle ne supportait plus. Elle ne le supportait plus. Pire encore, elle ne supportait plus cette douleur qui irradiait tout son corps. Alors à bien y choisir, elle préférait encore mourir. Elle ne l’avait jamais vue ainsi, mais la mort pouvait être une délivrance. La seule délivrance…

"S’il te plaît… Je t’en supplie !... Tue-moi !"

"Quelle douce musique ! Je désespérais de te l’entendre dire…" (tout sourire)

Elle eut un soupir de soulagement.

"Alors ça y est ?! Tu vas le faire ?"

"Une promesse est une promesse, chérie !"

Elle eut un léger sourire aux lèvres, mais ce sourire se mua en peur quand elle vit Dean se séparer de son revolver.

"Qu’est-ce que tu fais ?" (inquiète)

"Pourquoi tant d’impatience…? Reste tranquille mon ange, je cherche juste la bonne arme… Ah ! La voilà ! Qu’est-ce que t’en dis ? Belle lame hein ? Acérée pour sûr !"

Elle prit peur. Elle voulait mourir certes, mais rapidement. Et la vue de ce poignard lui indiquait le contraire.

"Faut pas avoir peur mon trésor !... Tout sera bientôt fini."

Il leva l’arme au-dessus d’elle.

"Oh ! J’oubliais… Tu as le droit de te débattre !..."

Elle n’eut pas le temps de lui répondre qu’il lui planta l’arme à plusieurs reprises. A quelques millimètres de son cœur. Elle avait du mal à respirer maintenant. Elle articula avec difficulté un ‘raté ?’ étonné. Dean lui fit son plus beau sourire alors qu’il tranchait dans le vif pour isoler le précieux organe. Elle eut un hoquet de surprise quand il se saisit de son cœur.

"ça c’est pour Amy…" (lui susurrant à l’oreille)

Elle arqua ses sourcils et déglutit.

"E… E…Elle t…t…e tu-tuera p-pour ça…"

"Possible, mais tu ne seras plus là pour le voir…"

Et il lui arracha le cœur avant d’y plonger le poignard.

"Tu avais raison pour la beauté intérieure. Jamais je n’aurais cru que t’aies un cœur…"


***

"Tu as ressenti ça ?"

Kelly pâlit.

"Chrissy…"

"Kelly, qu’est-ce qui se passe ?"

"Non…"

Elle disparut dans un tourbillon d’eau.

"Kelly ! KELLY !!!"


***

Dean gisait pour moitié dans l’eau, pour moitié sur la rive. Son visage avait perdu de ses couleurs, ne laissant qu’un teint livide et des lèvres bleuies…

"Non. NON. NOOOONN ! DEEEAAAN !"

Sam se maintenait la tête tant la vision qu’il venait d’avoir avait été douloureuse.


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MessageSujet: Re: UN ANGE PASSE...   Dim 10 Jan - 15:46

merci merci merci merci pour cette suite....plus ça avance et plus j'adore merci beaucoup !!!!









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MessageSujet: Re: UN ANGE PASSE...   Dim 17 Jan - 16:35

Merci... Voici la suite !
****************************


Il la sentit bien plus qu’il ne la vit arriver. Il ne s’agissait pas de cette odeur de marée et de mort si caractéristique… Non… Ses autre sens étaient bien trop occupés pour ça. Il avait déjà eu l’occasion de tester l’étranglement avec Chrissy, mais là c’était autrement plus différent. Surtout quand on n’y était pas préparé. Une sensation si étrange… Celle d’étouffer… de s’étouffer dans un bain d’eau douce alors qu’on se trouve sur la terre ferme. Il sentait le niveau d’eau grimper inexorablement au niveau de ses poumons, rendant sa respiration difficile et la résumant bien vite à de simples gargouillis.

Il n’avait jamais imaginé vivre ça un jour, disons qu’il avait surtout espéré que les effets en aurait été atténués, comme avec la jeune Chrissy (merci le vaudou !), mais il fallait croire que cette sirène-là était autrement plus coriace et plus déchaînée. Elle semblait plus expérimentée aussi. Elle devait sans doute être l’aînée… A cette pensée, Dean esquissa un semblant de sourire. La famille, l’amour qu’on pouvait y porter, voilà bien quelque chose qu’humains et créatures partageaient. Et Dean savait qu’il avait frappé un grand coup. Les conséquences en seraient sans doute funestes mais tant pis, le jeu en valait la chandelle.

Son corps fut parcouru de spasmes et il sentit ses jambes se dérober sous lui. Il s’écroula à genoux sur l’herbe, essayant vainement d’évacuer l’eau qui parasitait son système. C’était peine perdue et il le savait. Tout ceci n’était pas naturel et il n’y avait aucune raison qu’il puisse s’en sortir d’un claquement de doigts. Et sa volonté faiblissait en même temps que ses forces…

J’vais crever ici…

Ses yeux roulèrent dans leurs orbites et il s’effondra sur le flanc comme une vulgaire poupée de chiffon.


***



"
Kelly ! KELLY !!!"

Elle était terrifiée. Il y avait ce vide intense qui lui nouait l’estomac. Mais ce qui la terrifiait encore plus, c’était le regard qu’avait lancé son aînée. Un regard à glacer le sang. Un regard meurtrier. Un regard qu’elle n’avait pas vu depuis des siècles.

*Flashback*

14 mai 1798

Le soleil venait de se coucher sur l’Hebgen Lake et la soirée, bien que fraîche, s’annonçait des plus festives. Quelques centaines d’humains avaient décidé de se rassembler pour fêter le retour de leurs héros. Des orgies en tous genres étaient donc prévues et prévisibles. C’était le jour idéal pour Nixos pour emmener ses trois filles chéries s’amuser un peu. Il lui avait fallu user de beaucoup de persuasion avec sa petite dernière. Sheryn ne voyait pas en quoi ces sorties-macchabées, comme elle prenait un malin plaisir à les appeler, pouvaient être utiles à quoi que ce soit. Après tout, à chaque fois des humains mouraient et elle les aimait ces pauvres bougres. Elle se sentait revivre à leurs côtés. A un peu plus de deux cents ans, ça représentait beaucoup. Pourtant, comme toujours, elle avait une nouvelle fois capitulé et se retrouvait de nouveau avec ses sœurs, son père faisant chasse à part. Cette nuit-là aurait dû se passer comme toutes les autres. Elle aurait dû se finir sur deux-trois disparitions, histoire de ne pas attirer les soupçons. Cette nuit-là, il y eut bien une disparition ; elle ne fut pas humaine.

Un cri déchira la nuit. C’était Kelly. Elle venait de s’écrouler à genoux tout en se tenant le ventre. Chrissy et Sheryn accoururent vers elle. Elles ne comprenaient pas cette réaction. Leur race n’était pas vraiment du genre à souffrir. A pleurer aussi facilement. Et c’était des larmes qu’elles voyaient rouler le long de ses joues…

"Kelly ! Qu’est-ce qui se passe ? Dis-nous ! Je t’en supplie, dis quelque chose !"

"Non. Noooon… NON !"

"Kelly ?" (inquiète)

"
NOOOON !" (hurlant)

Et devant leurs regards effarés, Kelly se releva avec lenteur et grâce. Ses yeux brillaient d’un éclat nouveau. Ils étaient comme illuminés, presque incandescents. Son joli visage était déformé par la colère et le chagrin. Sa rage était si forte qu’il semblait à ses sœurs qu’elle s’échappait de son corps par vagues. Elles ne l’avaient jamais vue dans cet état et là, tout de suite, ça les terrifiait plus que tout. Sheryn sentit Chrissy la prendre dans ses bras pour la protéger et toutes deux reculèrent instinctivement. Ensuite tout se passa très vite. En quelques secondes, leur aînée avait récupéré sa véritable apparence et avait disparu dans un tourbillon d’eau.

La suite, c’était de la bouche de son aînée qu’elle l’avait appris. La mort de leur père. Son imprudence qui avait failli lui coûter la vie. Tous ces gens qui avaient payé pour cet affront. En particulier ce Ryan Peterson, le meurtrier de leur père, dont la mort avait été décrite avec moult détails. Ce jour-là, elle avait vu Kelly sous son vrai jour et ça lui avait fait froid dans le dos.


*Fin du flashback*

Aujourd’hui, l’histoire se répétait et Sheryn avait peur de ce dont son aînée pouvait être capable cette fois-ci. Kelly n’avait jamais fait dans la demi-mesure. C’était même plutôt l’inverse. Ça la terrifiait plus que tout. Maintenant elle tremblait comme une feuille et son esprit fonctionnait à toute allure. Que faire ? Que faire ? A qui parler ? A qui se confier ? Que faire ? Que dire ? Comment le dire ? Que faire ? Que faire ? Les mains secouées de tremblements, elle se saisit du portable et composa le seul numéro qui pour elle valait encore quelque chose…

"Allo Sam? C’est Sheryn! Je… Je… J’ai…"

"Sheryn? Qu’est-ce qui se passe ? Tout va bien ?"

"Je… je… j’ai… j’ai peur…" (affolée)

"Calme-toi ! Essaie de respirer plus calmement et raconte-moi !..."

Il sentit à l’autre bout du fil que la jeune fille tentait tant bien que mal de réguler sa respiration.

"Sheryn ?"

"Je… je… je crois que Chrissy est morte…" (éclatant en sanglots)

"Comment tu peux en être sûre ?"

"Je l’ai senti ! Tu m’entends ?! SENTI ! Ce… C’était affreux. Il y avait ce vide étrange en moi… Une douleur sans précédent aussi. Une brûlure. Une blessure. Un froid. La sensation d’avoir tout perdu en l’espace de quelques secondes. Alors oui, aussi bizarre que ça en a l’air, j’en suis sûre !" (presque vexée)

"Donc Chrissy est morte… et t’as besoin d’en parler… C’est tout naturel…Il n’y a pas de mal à avoir p…"

"C’est pas pour ça que je t’appelais…"

"Oh !"

"C’est Kelly qui m’inquiète…"

"Kelly ?"

"Oui. Je sais qu’elle a senti la même chose que moi… Elle a changé. Elle cherche à se venger. Tu aurais dû voir ses yeux !... Elle me fait peur Sam. Son regard était si froid… Si assassin… J’ai peur Sam… Pas seulement pour elle. Elle est partie comme une furie !"

"Où ?"

"Je ne sais pas… Elle est dangereuse, Sam. Quand elle est dans cet état, elle n’a plus de limite… Elle est en mode automatique. Plus rien d’autre ne compte…"

"Tu sais où elle aurait pu aller ?"

"Tu crois vraiment que si je le savais je m’amuserais à te téléphoner ?"

"T’énerve pas comme ça !... J’essaie juste de… AAAAAH !"

"Sam ?" (affolée)

"Ma tête !..."

"Sam ? Sam, dis quelque chose ! Sam ! J’m’excuse ok mais me fais pas ça, tu m’entends ?! Sam ??? Sam ! C’est plus drôle maintenant…"

A l’autre bout du fil elle entendit comme un gémissement, ce qui eut le don de l’affoler encore plus !

"Sam ! Sam ! SAM !"

Il ne l’entendait plus. Sa voix n’était plus qu’un vague murmure parmi tant d’autres. Et cela lui semblait si loin !... Il était juste ailleurs. Il se retrouva catapulté au bord du lac. Il avait les pieds dans l’eau mais il n’était pas mouillé. La brise soufflait mais il ne sentait rien. Il semblait en dehors du monde… de ce monde aussi… Sans une émotion, il tourna la tête vers la rive et aperçut Dean. Il ne ressentit ni détresse ni pitié. Au contraire c’était une rage folle qui semblait monter en lui. Une profonde envie… Un profond besoin de vengeance. Il ne comprenait pas pourquoi… Il voyait bien ce corps sérieusement mutilé mais il lui était étranger. Il lui était étranger et en même temps, il ressentait… de l’amour…? Il avait des sentiments pour cette personne. Ce n’était pas vraiment ça, mais ça s’en rapprochait. Une sorte de tendresse toute fraternelle. Sauf qu’il ne s’agissait pas de son frère. Ce n’était pas son corps non plus. Il était parasite dans une coquille de chair.

Il se vit lever les bras vers le ciel. Il pouvait sentir comme un courant le parcourir… Un pouvoir si puissant qu’il semblait pouvoir déplacer des montagnes. Il n’était dirigé que vers une seule personne. Un seul humain. Dean. Un humain qui vivait ses dernières heures. Il n’y avait qu’à voir les torrents d’eau qui s’échappaient de sa bouche et le noyaient à petit feu. Et les larmes se mélangeaient à l’eau. Et l’eau devenait son pire cauchemar. Et la mort devenait une issue heureuse qui ne venait pas…

Mais malgré les yeux suppliants, il refusait de lui donner ce plaisir. Il avait aux lèvres ce sourire sadique qui en disait long sur ses intentions. Un sourire qui s’élargissait de seconde en seconde. Puis une voix comme surgie de nulle part. Profonde. Puissante. Attirante. Hypnotique. Envoûtante.

Regarde-moi ! Regarde-moi mon ange !

Dean ne pouvait détacher ses yeux des siens. Il s’y perdait comme dans l’immensité de l’océan. Béat devant une merveille, deux joyaux, il ne paraissait pas aussi attentif qu’il aurait dû l’être. Parfois c’était des clignements de paupières. Parfois c’était des contractions de muscles. Parfois même encore des sourires.

Regarde-moi ! REGARDE-MOI !

Une lumière blanche l’aveugla et l’esprit de Sam se retrouva libre. Enfin conscient de son environnement. Enfin lui-même.

Regarde-moi mon ange !

Il leva les yeux sur une jeune femme qu’il ne connaissait que trop bien et sous son regard médusé, il la vit se métamorphoser en la plus hideuse des créatures. La peau ridée et pâle comme un cadavre. Un corps squelettique d’où semblaient saillir des corps cartilagineux. Une longue chevelure blanchâtre descendait en cascade sur des épaules déjà humides, si ce n’était poisseuses. La créature ouvrit la bouche, dévoilant plusieurs rangées de dents acérées, avant d’émettre un cri strident qui le força à porter les mains à ses oreilles.

REGARDE-MOI !
En l’espace d’une seconde, elle était devant Dean. Elle lui prit le visage entre ses mains palmées tout en lui susurrant des mots doux. Son apparence ne semblait pas le gêner outre mesure, tout comme le baiser langoureux dont elle le gratifia.

Dean pâlit d’un coup et s’affola, tentant vainement de se soustraire à l’emprise de la sirène. Ses gestes se firent de plus en plus lents, son teint de plus en plus pâle. Ses lèvres bleuirent alors que l’eau continuait d’envahir son système. Inexorablement. Il se noyait sous le regard impuissant de son frère. Sam le voyait disparaître sous ses yeux. Il voyait disparaître le dernier semblant de famille qui lui restait. Peu à peu il voyait s’éteindre la dernière étincelle de vie, ne laissant plus qu’un corps sans vie et sans âme.

La sirène se retira de Dean qui vint s’effondrer pour moitié sur la rive pour moitié dans l’eau. Elle releva la tête et plongea son regard bleu océan dans le sien en souriant.

Tu voulais savoir…? Alors regarde-moi !


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MessageSujet: Re: UN ANGE PASSE...   Mer 20 Oct - 19:59

Mille excuses pour le retard...



******************************************************************************************************************************************************************



Il fronça les sourcils sans comprendre. Un nouveau flash coupa court à cette conversation à sens unique. Il cligna plusieurs fois des paupières et se raccrocha à la table de justesse, désorienté par cette nouvelle vision. Une vision qui le remplissait d’horreur.

Une voix le tira de sa torpeur, elle était affolée.

"Sam ? SAM ?"

Il prit machinalement son portable et grommela un je-ne-sais-quoi.

"C’est maintenant que tu réponds ? Ça fait dix minutes que je t’appelle !"

"Pas si fort s’il te plaît, pas si fort…"

Des flashs lui revinrent en tête.

"Prépare-toi. Je sais où ils sont. Je passe te chercher !"

"Ils !? Mais…"

"Dans dix minutes je suis là !"

Et il raccrocha.



Mourir ? Oh non mon mignon ! Nous venons à peine de faire connaissance et puis j’ai tellement de choses à t’apprendre et te faire partager.

Elle lui caressa la joue d’un doigt et plongea son ongle dans la chair souple du muscle, faisant couler un mince filet de sang. Aucune réaction. C’en était décevant. Viendrait l’heure du réveil et elle pourrait s’amuser.

Elle porta un regard empreint de tristesse sur le corps qui gisait non loin d’elle. Elle s’en approcha et vint s’agenouiller auprès du cadavre profondément mutilé de sa sœur. Elle lui caressa tendrement les cheveux écartant quelques mèches de son visage ; une larme solitaire vint s’écraser sur sa joue.

"Si tu savais comme je suis désolée !... Jamais je n’aurais dû te laisser seule. Tu étais encore trop jeune. Oh, je t’entends d’ici !... 997 ans ce n’est plus être un bébé et tu n’as plus besoin d’un chaperon. La vérité c’est que je n’aurais jamais dû te laisser le choix. Tu m’aurais haïe. Tu m’aurais maudite. Oui mais tu serais toujours en vie. C’est toi qui avais raison Chrissy ; je n’avais pas à privilégier une sœur sur l’autre. J’avais juré de vous protéger. J’ai failli à ma mission ; tu en as payé le prix. Mais ta mort ne sera pas vaine, petite sœur. Ne t’inquiètes pas, je te vengerai. Je le ferai souffrir… Je le tuerai à petit feu. Je vengerai ton honneur, celui de notre famille, celui de notre race."

Elle caressa de nouveau son visage.

"Ne t’inquiète pas mon ange, tout va bien se passer. Maintenant tu peux te rendormir…"

Une larme perla sur sa joue alors qu’elle fermait les paupières de sa jeune sœur. Elle ne supportait plus de voir ce regard vitreux, terrifié et étonné à la fois. Ça lui rappelait des souvenirs bien douloureux. Sa mère. Son père. Et maintenant Chrissy. Ça commençait à faire beaucoup… Trop. De quel droit les humains décidaient de qui pouvait vivre ou mourir ? Leur espèce avait presque disparu et ils s’acharnaient encore !? Où était donc ce beau discours sur la protection des espèces ? C’était bien trop facile d’en exclure les sirènes.

Son visage s’obscurcit quand elle tourna la tête vers Dean, toujours affalé sur l’herbe dans un état semi-second. Les yeux clos. Le teint toujours pâle mais les lèvres déjà plus roses. Sa poitrine se soulevait à intervalles réguliers et sa respiration se faisait difficile… Que pouvait-elle attendre d’autre ? Après tout, elle avait attaqué la première… Elle ferma les yeux avec délectation. Elle les rouvrit en souriant. Il se réveillait.



"‘Il existe en effet trois espèces de sirènes, dont deux sont moitié femme et moitié poisson et dont la troisième est moitié femme moitié oiseau. Et les trois espèces sont musiciennes : les unes jouent de la trompette, les autres de la harpe, et les dernières chantent d’une voix de femme. Et leur mélodie est si agréable qu’il n’est aucun homme qui puisse les entendre, si loin soit-il, sans être contraint de venir auprès d’elles ; et lorsqu’il est tout près, il s’endort ; et quand la sirène le trouve elle le tue.’ Richard de Fournival ! Putain, comment j’ai pu passer à côté de quelque chose d’aussi gros ? Mais comment j’ai pu être aussi con ?"

Il se passa une main dans les cheveux. La situation était encore plus compliquée que prévue. Son manque de jugement allait sans doute les mener à leur perte. Et maintenant ? Qu’allait-il faire ? Son esprit était confus. Il sortit en claquant la porte du bungalow et emprunta une voiture garée non loin.



"On se réveille enfin mon ange ?"

Dean émit un grognement. Il avait des courbatures partout et la gorge sèche. Plutôt ironique quand on savait qu’il avait failli mourir noyé. Il était un peu déboussolé aussi, ses sens en éveil. Il pouvait sentir l’humidité régnante, l’herbe fraîche et un petit quelque chose qu’il n’arrivait pas à définir. Tout à la fois sucré et salé, acre et doux, une odeur qui tantôt vous prenait au nez, tantôt exhalait le plus délicieux des parfums. Dans le silence de la nuit, son oreille affûtée dévoilait des mystères insoupçonnés. La brise qui flirtait avec ses cheveux. Le léger clapotis de l’eau. Des bruits de pas étouffés. Le froissement du tissu. Puis il y eut cette voix si attirante et en même temps tellement repoussante !... Le paradoxe des contraires.

Il la connaissait, ça pour sûr, mais il n’aurait pas pu dire qui exactement, ses souvenirs étaient par trop confus. Il savait qu’un détail important lui échappait mais lequel ?

"Réveillé mon ange ?"

Il devait savoir. Il devait en avoir le cœur net. Ses paupières papillonnèrent…

Elle se régalait de le voir dans cet état. Confus. Vulnérable. Pauvre petite chose fragile. A sa merci. Un humain. Un meurtrier. Un chasseur. C’était d’autant plus jouissif.

"Allez, ouvre-moi ces beaux yeux mon ange…"

Dean cligna des paupières. Sa vue était encore floue mais il pouvait vaguement discerner un visage. Il plissa les yeux dans l’espoir d’identifier la personne qui se tenait devant lui. Une femme, c’était sûr. Pour le reste…

Il lui fallut cligner plusieurs fois des yeux pour que sa vue s’éclaircisse et qu’il tombe nez à nez avec une créature féminine certes, mais pas n’importe laquelle. Une sirène. Sous sa forme la plus pure. En somme, c’était la plus hideuse des créatures qui venait de se pencher au-dessus de sa tête. Un cauchemar personnifié. Un cauchemar que la vue de son prisonnier affolé faisait sourire, toutes canines dehors. Elle se méprenait seulement sur la raison de son affolement. Ce n’était pas elle qui en était l’objet. Oh, ç’aurait bien pu être le cas ; elle avait tous les atouts pour ça. Non ce qui inquiétait Dean, c’était l’absence de son frère. Il lui manquait des données. Il la voyait et s’imaginait déjà le pire des scénarii. Alors il jetait des regards à gauche et à droite, mais toujours aucune trace de son frère.

Bon sang, Sammy, où tu es ?

"Qui est Sammy ?" J’ai parlé tout haut ?

Pour toute réponse à sa question silencieuse, le sourire de la sirène s’étira jusqu’aux oreilles.

"On vous a jamais dit que violer la vie privée des gens était un vilain défaut ?"

"C’est l’ami de ma sœur Sheryn… L’Elu…"

"Mais de quelle merde vous me parlez ? Sam ? Sammy ? Un élu ? Lui ??? Depuis quand il peut avoir de la chance ? Et pis c’est quoi un élu d’abord ?"

"Tu t’inquiètes pour lui… Il doit vraiment être un très grand ami…"

Dean serra des dents.

"Non… c’est plus qu’un ami… beaucoup plus… Un frère…? Oui… c’est ça… un frère…" (en souriant d’un air sadique).

Le corps de Dean se raidit de plus belle, renforçant le plaisir de la sirène.

"Reste. Eloignée. De. Mon. Frère !"

"Ouh qu’il est mignon quand il se fâche, mon p’tit ange !..."

Elle approcha une de ses mains palmées de son visage dans un semblant de caresse, mais Dean recula de dégoût.

"On pourrait arrêter avec les familiarités ? Ça devient dérangeant à la longue…"

"C’est le mot ‘ange’ qui te dérange ? Je ne vois pas pourquoi… C’est ce que tu vas devenir après tout…"

"Wow ! Poétique avec ça !... Très peu pour moi désolé ! Je n’ai jamais été très… romantique"

Elle approcha les lèvres de son oreille.

"Il ne viendra pas, tu sais… Il est bien trop occupé ailleurs… Ma sœur peut se montrer persuasive parfois…"

Semblant satisfaite, elle se retira et admira son œuvre. L’esprit de Dean commençait à assimiler les informations et à voir le regard choqué et affolé du jeune homme, elle semblait avoir réussi son coup. Elle avait semé le doute. Elle avait touché là où ça faisait mal. La famille. Elle en connaissait un rayon. Elle venait d’en faire une nouvelle fois la douloureuse expérience. Elle saurait bien lui faire payer. A cette pensée, son sourire s’élargit. Le faire souffrir comme lui l’avait fait avec Chrissy et elle-même ; l’heure de la vengeance avait sonné.

"C’est un chasseur lui aussi, pas vrai ? A ta tête, je dirais que oui… Je me demande comment Sheryn va réagir quand elle va l’apprendre. Elle va être très déçue. Encore plus quand elle saura ce que vous avez fait…"

"Sam n’y est pour rien !"

"Peut-être, mais ça elle l’ignore…"

"Non…"

"Oh si ! Et si elle ne fait pas le nécessaire, je m’en chargerai…" (lui susurrant à l’oreille).

Dean fut une nouvelle fois pris de panique, sous le regard pour le moins amusé de la créature.

"Allons, ne fais pas cette tête ! Tu ne seras plus là pour le voir, mon ange… Je ne peux te garantir l’inverse par contre…"

Dean était partagé entre la peur de savoir Sam en danger et celle qu’il puisse être témoin de sa mort. Sa propre mort, il s’en fichait totalement ; ça faisait bien longtemps que son sort était scellé. Non, il ne devait pas se laisser aller. Il ne devait pas lui faire ce plaisir. Il lui restait encore une chance d’en finir. Sam n’était pas là pour l’instant, alors…

"Ils approchent…"

"Non… Non… Non…"

"Oh si !"

Ses yeux s’illuminèrent. La main de Dean tâtonna dans l’herbe et il resserra ses doigts autour de l’objet métallique et froid.

"Non…"

Il y eut une détonation.

"Tu n’aurais jamais dû faire ça !" (d’une voix tonnante).


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MessageSujet: Re: UN ANGE PASSE...   Ven 12 Nov - 19:06

"Sam ? Tu disais que…"

"Pas le temps. Grimpe !"

Il avait l’air sérieux… tellement déterminé… si sûr de lui… Il agissait comme ces automates qui, une fois leur clé tournée, effectuaient toujours les mêmes actions. Chacun de ses gestes était millimétré. Tant de froideur… tant de gravité… le sérieux même de cet homme qu’elle avait toujours connu enjoué et prévenant… Tout ça la faisait frissonner jusqu’à la moelle. Elle ignorait encore pourquoi, mais pour la première fois depuis leur rencontre, elle se sentait en danger à ses côtés.

"Sam…? Sam, qu’est-ce qui se passe ? Parle, dis quelque chose !... Tu me fais peur."

Sam ne put que constater l’ironie de la situation. Il était avec une créature millénaire des plus dangereuses et c’était elle qui avait peur…

"Peur ?" (en la dévisageant d’un air froid)

La jeune femme eut un réflexe de recul et le fixa d’un air affolé. L’espace d’un instant, Sam eut l’impression qu’elle n’était peut-être pas ce qu’il pensait. Il se prit à douter. Elle avait l’air si fragile, si innocente… que c’était à se demander si elle était réellement une de ces créatures féroces dont la mythologie avait fait ses choux gras. Oui mais voilà, c’était une créature et comme tous ceux de son espèce, elle pouvait vous faire croire ce qu’elle voulait. Alors, pourquoi ce serait différent pour elle ? Il la foudroya du regard et lui lâcha, comme du venin…

"Je sais ce que tu es…"

Ses muscles se tendirent et elle soupira. Aussi affolée qu’elle pouvait l’être en pareil moment, elle se sentait également soulagée. Il connaissait son secret. Il connaissait son fardeau. Peut-être l’aiderait-il à s’en libérer. Peut-être pourrait-il la comprendre. Peut-être. Peut-être. Peut-être. Une litanie de peut-être à la quelle elle espérait une réponse positive.

"Un monstre…"

Sa réponse prit Sam par surprise. Son visage se figea dans une moue étonnée alors que celui de Sheryn reprenait des couleurs.

"Quoi ?! C’est bien le mot juste, non ? Une chose qui charme ses victimes… qui se nourrit de l’essence de vie des humains en les noyant… c’est bien un monstre non ?! Je suis de celles-là, donc je suis un monstre."

"Tout ce temps… et toi tu… tu…"

"Non ! Non ! Jamais je n’aurais pu te faire du mal… te blesser… te mentir… Je t’aime trop pour ça."

"Et comment tu appelles ce que tu as fait toutes ces semaines…? Une cachotterie ? Une omission ? Appelle-le comme tu veux en fait. Pour moi ça ne sera jamais qu’un mensonge. Tu aurais dû m’en parler !"

"Ah ouais ? Et comment voulais-tu que je parle de quelque chose que j’ignorais ?! J’ai appris ma vraie nature de mes sœurs il y a à peine deux jours et je n’arrive toujours pas moi-même à bien réaliser. Je me suis toujours considérée comme monstrueuse depuis mon retour. Après tout, tous ceux qui croisaient ma route mouraient. J’apportais la mort mais Elle, elle me refusait la paix. Si tu savais le nombre de fois où j’ai voulu mettre un terme à tout ça !... Si tu savais comme j’avais honte !... Si tu savais comme je me sentais mal !... Et c’était avant même que de me savoir sirène. Tu ne peux pas imaginer le choc ! C’est une chose de se savoir monstre. C’en est une autre de s’apprendre tueuse froide et sans scrupules. C’en est une autre de s’apprendre sirène."

"Et tu voudrais me faire croire que tu as pu oublier une chose pareille ? A d’autres !"

"Et rester au fond des eaux du lac, lestée par un rocher, ça te semble une bonne raison ?"

"Les trois sorcières…"

"C’est comme ça qu’ils nous appelaient à l’époque. Ils n’ont jamais cherché à nous connaître vraiment. S’ils avaient su pour notre véritable nature, il y a fort à parier qu’ils nous auraient brûlé vives."

"Ils l’ont fait…"

"Quoi ?"

"Sur le journal du révérend, il est dit qu’il a jugé trois sœurs et qu’elles ont toutes subi un châtiment différent. L’ordalie. La pendaison. Le bûcher…"

"Mon Dieu, mais c’est monstrueux !... Qui ? Dis-moi Sam. Dis-moi qui."

"A quoi cela pourra-t-il bien t’avancer ?"

"S’il te plaît… Qui ?"

"L’aînée…"

"Kelly…"

"Qu’est-ce que ça change ? C’est une sirène elle aussi."

"Ça a dû être un carnage…" (pensive)

"Pardon ?"

"Kelly est puissante. Elle est extrêmement protectrice et rancunière. Avec ce qu’il nous est arrivé à toutes à l’époque, je doute qu’elle l’ait bien pris. Surtout qu’elle déteste les humains à la base, mais qu’elle adore les faire souffrir. C’est dans sa nature d’être dangereuse."

Sam déglutit malgré lui.

"Et par puissante tu entends…"

"Kelly est une sirène. Elle est mon aînée. Elle fait partie des anciennes. La plupart d’entre nous n’ont jamais vécu l’âge d’or. La plupart d’entre nous n’ont jamais fait que se cacher. Kelly a connu ces deux mondes. En 2170 ans, elle a eu le temps de mûrir sa vengeance, elle a eu le temps de parfaire sa technique. Elle est cent fois plus puissante que Chrissy ou moi. Et même si elle s’en défend, je sais qu’elle a tué des milliers de personnes et pas seulement parce qu’elle se sentait en danger, mais parce qu’elle y prenait du plaisir."

"Mais… c’est normal ça."

"C’est faux ! Je ne suis pas comme elle. Je suis plus humaine. Je tiens ça de ma mère ; elle était une des vôtres."

Sam écarquilla tout grand ses yeux avant de les plisser.

"Et tu crois que je vais avaler ça ? C’est un peu gros, tu ne trouves pas ?"

"Je ne vois pas en quoi. Chaque millénaire voit une poignée d’humains être compatibles avec notre race. Homme ou femme. Pourquoi crois-tu que nous sommes si peu nombreux ?"

"Les chasseurs…"

Il avait sorti ça comme si cela coulait de source, un sourire victorieux aux lèvres.

"Ils ont accusé bien plus de pertes de nous…" (d’un air triste)

Sam pâlit. Si tant d’hommes et de femmes avaient péri dans le plus grand secret et si Kelly était aussi puissante que sa sœur le prétendait, restait-il un peu d’espoir ? Totalement noyé dans ses pensées, Sam ne sembla pas remarquer le changement de comportement de son amie-ennemie. Elle frissonnait de nouveau.

"Tu es l’un d’entre eux, n’est-ce pas ?"

Silence gêné.

"Je ne t’en veux pas, tu sais… Je peux comprendre. On a tous quelqu’un à protéger. On a tous nos priorités. J’avoue que ça facilitera les choses. Si je dois mourir, autant que ce soit entre de bonnes mains, autant que ce soit des tiennes…"

"Quoi !" (en se tournant brusquement vers elle)

La voiture fit un violent écart sur la gauche, manquant les envoyer tous deux dans le fossé.

"Fais attention ! Regarde devant toi ! Je ne voudrais pas que mon sauveur meure prématurément !..."

"Tu appelles te tuer te sauver ?"

"Comprends-moi Sam, j’ai tué. Peut-être pas intentionnellement mais je l’ai fait. J’ai ôté la vie à un humain. Je sais que je ne devrais pas me sentir aussi mal. C’est ma nature. C’est juste… je n’ai pas ma place dans ce monde. Méprisée des humains pour ce que je suis. Rejetée par mon peuple pour ce que je pense. Je veux juste ne plus être la cause de toutes ces morts. D’un côté comme de l’autre."

Toutes ces révélations clouèrent Sam sur place et il ne toucha plus mot.

"J’aime les humains… mais j’aime aussi ma famille. Il y a déjà eu trop de pertes."

Sam sentait la sincérité dans ses paroles, tout autant que la résignation, le déchirement et le désespoir. Quelque part, il lui ressemblait. Déchiré entre le monde de la chasse et celui de la normalité. Déchiré entre son amour pour Dean et son amour pour Sheryn. Déchiré entre le cœur et le devoir. Eternel dilemme. Eternel cas de conscience.

"Tue-moi !"

La remarque le prit au dépourvu.

"Quoi ?! Non !... Je… euh… Non !"

"Tu le devras pourtant si tu veux le sauver…"

"Quoi ?"

"Trop tard…"

"Quoi !?"

"Elle s’est transformée. Je peux la sentir d’ici… et sa colère est sans bornes..."

Sam ouvrit la bouche pour parler, mais elle le prit de vitesse.

"Pose pas de question et fonce !"


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MessageSujet: Re: UN ANGE PASSE...   Ven 12 Nov - 19:16

"Tu n’aurais jamais dû faire ça !"

Le canon de son arme fumait encore et Dean ne pouvait toujours pas détacher ses yeux d’elle ni se départir d’un regard ahuri. La fatigue était là, la souffrance aussi. Elle était toujours là et pire que tout, elle était toujours vivante. Il se souvenait pourtant avoir mis les bonnes munitions. Il fronça les sourcils alors que les lèvres de la sirène s’étiraient en un sourire.

"Un problème, mon ange ?"

"Vous crevez jamais ?" (grimaçant de douleur)

"Insolent !"

"L’autre aussi m’aimait beaucoup…"

"Elle s’appelait Chrissy et tu l’as tuée ! Tu as tué ma sœur et c’est tout ce que tu trouves à dire ?! Tu devrais plutôt avoir peur pour toi, mon ange…"

"C’est ce que m’a dit l’autre aussi avant de mourir. Tu sais qu’elle m’a supplié… qu’elle m’a supplié de l’achever…"

"Tu mens !"

"J’aimerais bien. Quoique. En fait, non. J’en suis fier. C’est pas tous les jours qu’on voit une sirène faire preuve d’humilité, d’humanité. Alors, tu comprends, en gentleman, je n’ai pu qu’accéder à sa requête…"

"Tu l’as torturée !"

"Oh ! Tout de suite les grands mots ! J’ai juste fait un tout p’tit trou dans son petit cœur…" (chantonnant)

"Tais-toi ! Elle était encore si jeune…"

"Allons… Allons… Elle avait quoi ? Un p’tit millénaire ? Pour moi, c’est pas la prime jeunesse."

"Tu sais, nous nous sommes disputées à cause de ça… et elle est partie pour toujours et c’est ta faute !"

"Arrête, j’vais pleurer ! Mais si ça peut te réchauffer le cœur, sa dernière pensée a été pour toi."

La créature pencha sa tête sur le côté, ne sachant si elle devait l’écouter ou l’attaquer sur le champ.

"Oh ! Rien de bien extraordinaire. Quelque chose comme ‘Elle te tuera pour ça…’ Plutôt présomptueux, tu trouves pas ? Elle a essayé sans y parvenir, alors qu’est-ce qui me garantit que ça va être différent avec toi ?"

Kelly ne put s’empêcher de sourire.

"Elle me connaît bien."

"Connaissait, chérie, connaissait…"

"Tu ne seras pas le premier de ton espèce que je rajouterais à mon palmarès…"

"Humain ?"

"Chasseur, mon ange, chasseur…"

"Alors quoi ? T’es immunisée contre nous ? Un sort ? Un gri-gri ? Un tatouage ?"

"Mieux que ça. L’un d’entre eux m’a laissé un petit souvenir…"

Sur ces paroles, elle exposa la vilaine cicatrice. Un impact de balle à quelques millimètres de son cœur.

"Tu sais ce qu’il y a de plus drôle ? Ce poison qui a failli me coûter la vie il y a plus de 200 ans… est devenu ma meilleure armure contre vous chasseurs. Car comme ce poison coule dans mes veines, il ne m’atteint plus."

"Et moi qui me faisais une joie de me faire une autre sirène !..." (moue déçue)

"Prétentieux et dangereux de t’avancer ainsi… Sais-tu combien d’autres comme toi ont essayé et ont fini dans mes filets ?"

"Ch’ais pas… Une dizaine ?"

"Tu es loin du compte, mon ange. Plusieurs centaines. Et je les sens toujours en moi. Hmmm… Quand j’y repense, un vrai délice !... Tu crois avoir quel goût, mon ange ?"

"C’est pas pour me vanter, mais… tu ne trouveras personne ici de meilleur que moi."

"C’est une invitation…?" (sourire acéré)

"C’était bien ce que tu voulais, non ?"

"C’est juste. Mais vois-tu, je ne suis pas née de la dernière pluie. Ce n’est pas à une sirène de mon âge qu’on apprend à profiter du premier humain… Où est le piège ?"

"Quel piège ? Tu me voulais sur un plateau et comme tu l’as si bien fait remarquer, je ne peux rien contre toi… Qu’est-ce que tu risques ?"

"Laisse-moi m’en assurer, tu veux ?!"

"Que…?"

La vérité, mon ange !

Dean sentait les paroles de la sirène s’insinuer dans son esprit et chercher à prendre le contrôle de sa volonté. Un véritable combat se déroulait dans sa tête et il commençait tout juste à en ressentir les premiers effets. C’était douloureux. Il se tint la tête à deux mains.

Ne cherche pas à lutter !... Ce n’en sera que plus douloureux…

La voix était charmeuse et charmante, enjôleuse. La douleur toujours plus intense, aiguë. Elle recouvrait tout. Tout. Même sa volonté. Même la réalité. Dean en oubliait presque les circonstances qui l’avaient amené jusqu’ici. Il en oubliait même la sirène. Tout ce qui comptait maintenant, c’était cette voix. Une voix familière qui lui intimait un ordre. Une voix à laquelle il ne pouvait rien refuser.

La vérité, Dean ! Maintenant !

"Je suis fatigué de tout ça. Les chasses… On sauve des gens qui ne veulent pas être sauvés ou qui n’ont pas conscience de l’être. Au mieux, on a toute leur reconnaissance. Au pire, on gagne un casier et l’on devient ennemi public n°1…"

Toute la vérité, Dean !

La voix achevait d’abattre ses dernières barrières mentales, annihilant toute volonté, mettant au jour les secrets les plus intimes…

"Je suis condamné. Plus que quelques jours. Quelques semaines. Un mois tout au plus. Je n’ai plus rien à perdre. Je n’ai plus rien à perdre et je refuse de devenir un légume. Je préfère encore mourir au champ d’honneur. Au moins, je serai mort pour une bonne cause."

"C’est plutôt flatteur…"

"Hmm… quoi ?"

"Je disais à ta tite tête vide d’humain que c’était flatteur d’avoir pensé à moi pour t’assister dans ton suicide…" Comment elle sait ça, elle ?

Il leva la tête vers elle en fronçant les sourcils, avant de laisser éclater sa colère.

"Non mais je rêve ?! T’as… T’as fouillé… T’as vraiment un problème avec la notion d’espace privé, tu le sais ça ?"

"Où est le privé quand on y a librement accès ? Non… Moi j’te le dis, c’est un non-sens. Une illusion. Ça n’existe pas, mon ange. Pas avec les sirènes…"

Dean eut une grimace de dégoût. Il n’y avait rien à faire. Il était condamné à avoir son espionne attitrée jusqu’à la fin de ses jours, ce qui ne tarderait pas à arriver.

"Mais revenons à notre affaire. C’est pas tous les jours qu’un chasseur exprime ce genre de désir. En même temps, c’est vrai que je ne leur en ai laissé l’occasion qu’assez rarement. Jamais pour ainsi dire. Va savoir pourquoi."

"Laisse-moi deviner… C’est beaucoup plus marrant quand c’est une surprise ?"

"Voilà. C’est ça ! Et tu sais quoi ? J’en ai une pour toi, mon ange !..."

"Quoi ? Tu vas me tuer ? Désolé de te l’annoncer comme ça, mais c’est un secret pour personne."

La sirène approcha son visage de celui de Dean. Il pouvait sentir son souffle chaud et fétide lui caresser l’oreille. Il pouvait sentir l’humidité ambiante, cette eau qui courait sur sa peau. Mais ce qui l’alarma vraiment, ce furent ses yeux. Ils se mirent à étinceler dangereusement, jusqu’à ce que le bleu océan de ses iris semblât onduler dans ses orbites.

"Chrissy… Chrissy n’était pas vraiment ma sœur… A part mon père, personne n’était au courant. Avec le temps, la différence d’âge s’est faite moins flagrante et de toute façon, ce n’était pas important. On formait une famille ; c’était tout ce qui comptait. Mon père, ma sœur, ma fille et moi. Ma famille… Et tu as tout brisé !"

Oh oui ! Il avait tout brisé. Il le comprenait pleinement. Il le sentait aussi très bien. Enfin, il sentait surtout l’eau envahir ses poumons…


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MessageSujet: Re: UN ANGE PASSE...   Dim 20 Fév - 13:23

Il ne cessait de lui jeter des regards furtifs dans un mélange de peur, de respect et d’admiration. Il ne savait quoi penser. Cette fille lui faisait de l’effet et son cœur essayait de le convaincre que ce n’était pas totalement une mauvaise chose. Alors il restait là à admirer cette femme. Une identité et des aspirations que tout opposait. Tant de contradictions dans ce corps la rendaient attirante. Mais que connaissait-il réellement de sa vie ? Beaucoup de questions en suspens, peu de réponses. Et plus il y réfléchissait, plus il lui semblait que cette part d’ombre apportait un charme supplémentaire à la jeune femme.

Cette part d’ombre lui donnait du charme, mais Sam avait toujours été un curieux. C’était dans sa nature. Son frère le charriait sans cesse avec ça. Selon ses propres mots, il n’y avait pas de Sammy sans question. Mon Dieu, il se revoyait encore froncer les sourcils et afficher une moue boudeuse en demandant pourquoi il disait ça. La seule réponse qu’il obtenait à chaque fois, c’était « Ah, tu vois ?! J’te l’avais dit. Toujours des questions » et il éclatait de rire. Des moments simples. Des moments comme il en rêverait encore et toujours. Mais tout ça était fragile et avec la menace qui pesait sur Dean…

"Tu ferais mieux de regarder la route."

"Hein ?"

"Deux… Trois… et on recommence !..."

"Très drôle." (boudeur)

"Je disais juste de faire attention à toi. Je ne voudrais pas…"

"Tu ne voudrais pas perdre ton futur sauveur, je sais."

"Je tiens à toi Sam…"

Un ange passa.

"Je sais… Moi aussi."

Sheryn posa sur lui un regard attendri et Sam se sentit partir à des années-lumière. Des mois qu’il n’avait pas ressenti ça et pour peu il en aurait éprouvé de la culpabilité. Il était déboussolé. Tout se bousculait dans son esprit. Les émotions. Les questions.

"Tu as quel âge ? J’veux dire… en vrai…" (quelque peu embarrassé)

"Pourquoi ? A quoi ça t’avancerait ?" (surprise)

"J’aimerais mieux te connaître. Entre personnes qui s’apprécient, quoi de plus normal."

Elle détourna le regard tristement. Le paysage défilait derrière la vitre passager. Elle qui avait toujours aimé ce monde ne lui trouvait soudain plus autant de charme…

"Je suis sans âge."

"Sheryn…"

Elle soupira de plus belle. Pourquoi tenait-il autant à connaître cette réponse ? Après tout, il savait déjà qui elle était, ce qu’elle était. A quoi bon vouloir connaître son âge ? Elle soupira. Il ne savait pas ce que tout ça représentait pour elle. Beaucoup. Lui demander son âge, c’était comme lui demander de montrer sa véritable apparence. C’était lui demander un énorme sacrifice. C’était courir le risque de ne plus être aimée ni d’avoir d’amis. C’était l’isoler pour la faire souffrir, à défaut de pouvoir la tuer. A moins que ce ne soit pour ça justement… Pouvoir la tuer. En avoir la force. Trouver une raison à l’acte impardonnable. Trouver le parfait mobile pour le meurtre à venir. L’idée faisant son chemin, Sheryn tourna son regard bleu océan vers son ami.

"Sheryn ?! Tout va bien ?"

Elle continua de le fixer sans mot dire.

"Je ne voulais pas… je ne pensais pas à mal, tu sais. Si tu ne te sens pas prête à m’en parler… je comprendrai."

Un ange passa.

"Tout va bien, Sam. En fait, je ne me suis jamais sentie aussi bien…" (petit sourire aux lèvres)

"Oh !"

C’est tout ce qu’il put articuler. Bien dérisoire. Totalement inutile. Absolument crétin. Crétin. C’était le mot juste. C’était exactement ce qu’il était en ce moment. Un crétin. Il se maudissait intérieurement d’avoir parlé sans réfléchir. Pour tout dire, il aurait voulu s’enterrer dans un coin… se faire oublier… Difficile derrière le volant. Il n’avait plus qu’une seule chose à faire. Se concentrer sur la route. Du moins essayer. Il faut dire qu’avec Sheryn à ses côtés, ce n’était pas chose facile. Surtout que chaleur et humidité semblaient grimper en flèche dans l’habitacle. Minute. De l’humidité ? Il tourna la tête vers la droite et son cœur manqua un battement. Sheryn venait de revêtir sa véritable apparence.

"J’ai 423 ans…"

Sam voulut parler mais il ne parvint qu’à imiter le poisson rouge dans son bocal.

"Allons, ne fais pas cette tête, c’est toi qui voulais savoir." (léger sourire)

Il aurait voulu pouvoir lui dire qu’elle se trompait, mais c’était sans compter cette douleur qui irradiait son corps et cette lumière qui l’éblouissait. Il grimaça. La jeune femme le prit pour elle. C’était avant qu’il ne lui pose la fameuse question…

"Sheryn…? Tu sais conduire ?"

La question la prit de court.

"Quoi ?"

"Tu… sais… conduire ?"

"Sam ? Je… Non."

"Alors nous avons un problème. Enfin, surtout m-moi. Aaaah ! Ma tête !"

"Sam ?" (affolée)

La voiture fit une embardée et se retrouva sur l’autre voie.

"Sam…?"

Il lui désigna du doigt quelque chose et elle fronça les sourcils. Sam allait de plus en plus mal. Il n’était plus maître de lui-même. Et pour couronner le tout, quelqu’un arrivait en sens inverse.
***

Il y avait la douleur. La douleur causée par l’eau qui se frayait un chemin là où il ne lui était généralement pas permis. La douleur qui s’insinuait dans son crâne. Déchirante. Puissante. Une douleur partagée. Une douleur qui n’était pas la sienne. Il entendait tous ces cris. Il ressentait toute cette terreur. Profonde. Viscérale. Il sentait toute cette eau venant de nulle part envahir son organisme.

Des flashs. Homme. Femmes. Enfants. L’affolement. La terreur. L’horreur. Il ne les connaissait pas ; leurs visages lui étaient inconnus. Pourtant… Pourtant, il aurait presque pu jurer avoir vu défiler leurs vies. L’impression de vivre une relation fusionnelle non consentie. Une invasion de l’esprit aussi réelle que cette eau.

"Tu le sens , n’est-ce pas mon ange ? Ce délicat fumet… Cette peur, ce sentiment de n’être plus rien. S’ils savaient combien ils ont tort ! Ils ont chacun leur charme et même après plusieurs siècles, je me rappelle de chacun d’eux. Leurs espoirs. Leurs rêves brisés. Leur mort… et il n’y a rien de plus doux. J’ai peut-être fini par devenir sentimentale…" (tout sourire)

Il lui aurait bien dit le fond de sa pensée, mais il avait d’autres préoccupations autrement plus primordiales… comme sa survie. Bon, ok, la survie n’était pas franchement à l’ordre du jour mais tout le monde avait le droit à un petit peu d’espoir.

"On est d’accord sur ce point. Mais bon, ce sont mes souvenirs. Ils font partie de moi… tout comme tu le seras bientôt." C’est ça, compte là-dessus salope !

Il la fusilla du regard, ce qui ne fit que renforcer son plaisir. Elle prenait vraiment son pied.

"Je te sens sceptique, mon ange. Laisse-moi te présenter quelqu’un…"

Une douleur aiguë élut domicile dans son crâne et l’espace d’un instant, il se demanda quelle était la pire des tortures qu’elle lui faisait subir. La noyade à petit feu ou le traitement spécial maman sirène en colère ? Dans l’immédiat, ça se discutait.

Des flashs et une souffrance infinie plus tard, l’image se fit moins floue. Un jeune homme brun, la vingtaine, séduisant, bien sous tous rapports, se tenait au bord du lac. Ce n’était pas tout récent, si l’on tenait compte de ses habits qui semblaient venir d’une autre époque. Il n’était pas seul aujourd’hui ; une jeune femme blonde l’accompagnait. Elle était radieuse et souriait à pleines dents. L’insouciance de la jeunesse.

"Je te présente Henry Simms…" A la bonne heure !...

"Je suis certaine que tu te demandes qui il est…" Tu parles…

Des gargouillis lamentables lui répondirent et ce, pour son plus grand plaisir.

Regarde !

Toujours ce couple à qui la vie semblait réussir. Semblait… Car maintenant, l’heure était à la dispute.

"Dis-moi ce qui te dérange, mon ange ! Vivre avec moi ou avoir un enfant avec moi ?"

"C’est… C’est… C’est dégoûtant ! Contre nature ! Toi et moi, ça ne marchera jamais ! Nous ne sommes pas du même monde."

"Tu veux tuer ma fille ?!"

"Ta fille ? Comment peux-tu… comment pourrais-tu déjà savoir ? C’est impossible !"

"J’avais confiance en toi. Je t’aimais. Et voilà comment je suis remerciée ? Tu veux tuer notre enfant !... Quel père ferait ça ?"

"Tu es folle !"

"Non. Je suis une mère. Je dois la protéger. Et si cela doit être de toi, tant pis."

"Kelly…"

"Va-t-en !"

"Kelly…"

Va-t-en !

"K…"

Il n’avait plus de voix ; elle venait d’être engloutie. Maintenant, il luttait pour sa survie, écarquillant les yeux de terreur, autant à cause de cette eau qui envahissait ses poumons qu’en raison de cette femme qu’il avait aimée et qui venait de se transformer en la plus hideuse des créatures.

"Tu aurais dû t’en aller tant qu’il en était encore temps, chasseur… Père avait raison à votre sujet. On ne peut pas vous faire confiance."

Elle s’approcha de lui et l’embrassa fougueusement, alors qu’il se débattait mollement et inutilement. Dans un dernier hoquet de surprise, il laissa s’échapper de ses lèvres un filet d’eau et se figea à jamais. Elle approcha ses lèvres de son oreille et lui susurra…

"Je la chérirai et je lui apprendrai à vous haïr, toi et ta race. Et tout ça en ton honneur mon ange !"

Elle lâcha le corps inerte de son amant et caressa son ventre qui commençait à s’arrondir.

"Henry… Chasseur de son état. Elu à ses heures. Un beau parti. Un vrai régal. Tu n’es pas d’accord ?"

D’accord. Il ne le savait pas. En tout cas, il avait la désagréable impression d’avoir bu la tasse. Pire encore, il lui avait semblé mourir. Comme cet homme. Avec cet homme. La frontière était mince. Le résultat le même. Elle se jouait de lui et elle y prenait un malin plaisir. La sirène venait de lui montrer ce qu’elle avait fait du seul homme qu’elle ait vraiment aimé. Qui savait ce qu’elle ferait à quelqu’un qui avait tué sa fille unique. Une mère est dangereuse. Quand elle est sirène…

"Une visite guidée, ça te tente ?"

A peine remis de son voyage au cœur des souvenirs, elle proposait de remettre ça. Il accusait de la fatigue et le traitement qu’elle lui faisait subir n’arrangeait en rien les choses. Il aurait voulu les retenir ; c’était peine perdue. Elles roulaient le long de ses joues. La douleur. L’appréhension. Le rêve pour une sirène.

Viens avec moi !
***

"Aaah !..."

"Sam ? Tout va bien ?"

"Je ne suis pas mort ?"

Elle éclata d’un rire franc.

"Non. T’es tout ce qu’il y a de plus vivant."

"J’ai bien cru que mon cœur s’était arrêté de battre. Avec toute cette eau…"

"De l’eau ?" (inquiète)

"Elle envahissait tout. Je ne pouvais plus respirer. Ta sœur était là et elle me regardait…"

"C’est rien. Ce n’était qu’un cauchemar…"

"Je conduisais et puis… Non ! Je ne l’ai pas vu par hasard. Dean est en danger. Je le sens."

"Ça, je te le dis depuis le début, mon grand. Kelly est dangereuse."

"Kelly était la mère de Chrissy..."

"Qu’est-ce que tu dis ? Non, c’est impossible ! Tu mens !"

"Elle me l’a montré. Enfin, elle l’a montré à Dean…"

"Montré ? Mais qu’est-ce que tu es ?"

"C’est pas c’que tu crois ! Je sais pas à quoi tu penses mais… Ça fait des mois. Parfois je fais des rêves et ils se réalisent. Parfois ce sont des visions. J’ai aucun contrôle dessus. Je vois les gens mourir, Sheryn ! Jessica. Maintenant Dean. Je sais que tout ceci risque de se réaliser. Je sais aussi que tout ce que j’ai vu est vrai. Je veux juste sauver Dean."

"Elle doit être furieuse."

"Le mot est faible. J’ai failli y rester."

"Elle s’amuse…"

"J’te demande pardon ?"

"Rien. Démarre !"

Assis derrière le volant, Sam prit conscience d’une chose.

"Je suis pas mort ?"

"Tu te répètes, mon ange."

"Je croyais que tu ne savais pas conduire…"

"C’est le cas."

"Alors, comment…"

"Le monsieur en face m’a gentiment renseignée. Entre deux jurons. Je crois qu’il a eu la peur de sa vie"

"Voir la mort en face ne fait pas rire aux éclats…" (en démarrant)

"Non, c’est sûr. Mais entendre une voix dans sa tête…"

Ils éclatèrent tous deux de rire, mais au fond de lui Sam avait le cœur lourd. L’avenir de son frère était entre ses mains et il ne savait pas s’il était la personne qualifiée pour ça. Il ne gérait déjà pas le sien…


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MessageSujet: Re: UN ANGE PASSE...   Dim 20 Fév - 13:29

Et il avait raison de s’inquiéter. Ces dernières heures, Dean avait fait connaissance intime avec plus d’hommes et de femmes que dans toute sa misérable vie. Connaissance intime jusque dans la mort. Des milliers de fois il était mort. Des milliers de fois il avait failli mourir. Et pourtant… pourtant il avait toujours eu l’impression que c’était la première. Un éternel renouveau. Un petit plus à chaque fois qui faisait toute la différence. Mais tout se finissait inexorablement de la même manière. L’eau envahissant ses poumons. La brûlure. La soif. L’oppression. La douleur. L’impression de voir ‘sa vie’ défiler. L’illusion d’une quiétude sans nom quand l’eau l’engloutissait juste avant que tout ne recommence. C’était à vous rendre dingue ! Et même pour quelqu’un de fort et d’expérimenté comme Dean, les effets de cette torture – car il était bien question de ça – commençaient à se faire douloureusement sentir.

Il n’avait pas échappé au jeune chasseur que la sirène jouait sur deux plans à la fois. Psychologique et physique. Et foi d’expert, elle s’en tirait merveilleusement bien. Il n’aurait pas été en position de victime qu’il aurait sans doute admiré sa technique précise et efficace. Il se sentait vidé. De toute énergie. De toute volonté. Il n’était plus qu’une coquille vide. Une enveloppe qui n’avait plus lieu d’être. Alors, à quoi bon se voiler la face ? Il n’y avait plus d’espoir, si tant est qu’il y en ait eu un jour… Désormais, il n’avait plus que ses yeux pour pleurer. Il n’avait plus que ses yeux pour supplier. Mettre un terme à ces souffrances contre lesquelles il n’avait plus la force de lutter. L’intention était louable, mais la réalisation bien compromise. Il n’avait qu’à regarder ce sourire sadique qu’affichait la créature. L’heure n’était pas aux apitoiements, mais plutôt à la victoire. La satisfaction du prédateur qui voit sa proie se débattre inutilement avant de perdre tout espoir.

Dean se serait bien écroulé s’il n’avait pas déjà été dans cet état d’extrême faiblesse. Il aurait bien fondu en larmes, mais il n’en avait plus la force.

"Fatigué, mon ange ?" (sourire moqueur)

En temps normal, Dean lui aurait asséné une de ces remarques acides dont il avait le secret, mais aujourd’hui il n’était plus que l’ombre de lui-même. Il était devenu en peu de temps un homme brisé, sans attaches, dénué d’une quelconque raison de vivre. Tout ce à quoi il aspirait maintenant, c’était d’en finir. Avec la sirène. Avec la vie. De toute façon, avec ce qu’elle lui avait apporté… Et puis, s’il était une chose qu’il avait apprise, c’était que tenir tête à la créature, c’était jouer son jeu. Il n’avait aucune marge de manœuvre. Aucun moyen de remporter la partie. Les dés étaient pipés. Quoi qu’il fît, elle sortait gagnante. Sur tous les fronts. Et lui dans tout ça n’était qu’un être insignifiant, un pion remplaçable, une amusette dont on se lassait facilement.

"Tu penses avoir assez souffert ?"

Dean jeta sur elle un regard implorant qu’elle ignora superbement. Elle s’approcha de lui et se mit à hauteur de son oreille pour lui susurrer…

"Ça ne fait que commencer…"

Ses dernières barrières se brisèrent et il s’écroula en sanglots. Il se sentait pathétique et en même temps… il n’en avait plus rien à foutre. Peu importait son comportement, il allait vivre les pires souffrances avant de mourir. Si elle le laissait mourir un jour…

"Allons… Allons… tu ne pensais tout de même pas que ça serait aussi facile, mon ange ?!"

Seul un regard désespéré lui répondit et elle s’en contenta à merveille. Faut dire que c’était tellement délicieux de voir ce chasseur arrogant dans un tel état de faiblesse. Elle passa une main dans ses cheveux et Dean se mit à vomir de l’eau par torrents. Totalement paniqué par cette soudaine intrusion qui l’empêchait de respirer à la limite de la noyade, il avait relâché son attention vis-à-vis de la sirène. Fatale erreur. Ce n’était qu’une diversion. Elle se jeta sur Dean et s’installa à califourchon sur lui, les mains sur ses tempes. Fragilisé par la fréquence et la puissance de ses attaques précédentes, il n’offrit aucune résistance.

"Voyons voir ce qu’il y a là-dedans…"

"Non…" (d’une voix à peine audible)

Elle ferma les yeux et sembla se concentrer. Sa tête oscillait entre la gauche et la droite dans un balancement qui aurait presque pu paraître gracieux en d’autres circonstances. Elle s’immobilisa tout aussi rapidement et ses paupières s’entrouvrirent. Un sourire plus que satisfait s’étalait sur ses lèvres. Elle savait exactement comment elle allait procéder.

"Dean ? Mon Dieu, mais qu’est-ce qui t’es arrivé mon chéri ?"

"Ma… Ma… Maman…?" (déboussolé)

"Regarde-toi… comme tu as changé ! Un grand et beau jeune homme. Avec un tempérament de feu. Et toutes ces cicatrices. J’aurais dû me douter que ce n’était pas une bonne idée de laisser ton éducation entre les mains de ton père !"

Dean fronça les sourcils.

"Regarde les choses en face, Dean, tout est de sa faute. Il ne t’aurait pas élevé, tu ne saurais pas tenir aussi bien une arme – tu n’en tiendrais tout simplement pas. Tu ne te mettrais pas dans des situations toujours plus improbables. Tu ne risquerais pas la vie de Sammy. D’ailleurs, à bien y réfléchir, ton père n’aurait pas disparu, tu n’aurais jamais été à la rencontre de ton frère."

Une larme solitaire glissa sur la joue du jeune homme. Après avoir lu tant et tant de fois de la fierté dans les yeux de son père, jamais il n’aurait cru une seconde avoir déçu sa mère et ça le touchait plus qu’il aurait voulu l’admettre. Il baissa honteusement la tête. Elle lui releva délicatement le menton. Avec douceur. Avec tendresse. Mais ses mots se firent plus durs.

"Mais le pire… Le pire… L’impardonnable… L’irréparable… tu l’as commis aujourd’hui. Tu as oublié tout ce que je t’avais appris. Le respect de l’autre. Le partage. Tout ça a disparu au profit des préceptes de John et de son ‘tire tout de suite et discute après’. Et qu’est-ce que tout ça t’a apporté hein, dis-moi ? La joie d’avoir pu venger ton amie ? Une libération ? Un trophée, peut-être ? Non mais dis-moi, ça m’intéresse ! Moi je vais te dire le fond de ma pensée Dean Jefferson Winchester. Tu t’es laissé dominer par la colère et elle a tout contaminé, jusqu’à ton ennemie. Tu as tué sa fille, Dean, que crois-tu qu’elle fera ? Oh, je te vois d’ici me dire qu’elle te tuera. C’est possible. Même probable. Mais es-tu assez naïf pour penser qu’elle s’arrêtera là ?"

Les yeux de Dean s’écarquillèrent d’effroi ; il commençait à comprendre.

"C’est la dure loi de la vengeance. La loi du talion. Œil pour œil, dent pour dent. Un enfant pour un enfant perdu. Tu pensais peut-être y échapper parce que tu n’avais pas eu le temps de te construire une famille, mais tu as oublié que les lois pouvaient s’adapter. Et il est quelqu’un que tu as élevé comme un fils. Quelqu’un qui n’aurait jamais dû se trouver ici pour commencer. Quelqu’un qui risque sa vie pour et à cause de toi, Dean. A cause d’une erreur de jugement qui aurait pu être évitée. A cause de ton égoïsme et de ton refus de la solitude. Tu as condamné ton petit frère. Tu as condamné Sammy."

Ces paroles lui firent l’effet d’une bombe. D’un côté, elles étaient dures à entendre. De l’autre, elles lui ouvraient les yeux sur une vérité qu’il n’avait même pas cherché à connaître. Le jeune chasseur se sentait terriblement idiot. Pour s’être fait sermonner par sa mère. Pour avoir commis cette monstrueuse erreur d’appréciation qui lui coûterait la vie et sans doute celle de ses proches.

"Tu as commis la pire des fautes qu’une mère peut craindre de la part de ses enfants : tu as sacrifié ton frère à ton propre intérêt. Et toute faute mérite punition…"

Il n’osait la regarder en face, honteux qu’il était de l’avoir déçue.

"Dean ! Dean, regarde-moi ! Regarde maman !"

REGARDE-MOI !

Il leva ses yeux sur une jeune femme que le nombre des années n’atteignait pas. Elle devait avoir son âge et pourtant… une génération les séparait. Elle était comme dans son souvenir. Le visage radieux, ses cheveux or ondulant au vent, un sourire plein de tendresse au bord des lèvres. Si banale et en même temps tellement parfaite. Il ne pouvait plus détacher ses yeux des siens. Il s’y perdait comme dans l’immensité de l’océan. Il restait béat devant cette merveille incarnée dont la contemplation n’était troublée que par de brèves contractions musculaires ou de petits sourires. Tellement béat qu’il ne vit pas son visage souriant s’assombrir et laisser place à un masque froid.

Elle prit brutalement son visage entre ses mains.

"Toute faute mérite punition, Dean… A ton avis, laquelle sera à la hauteur de sa douleur ?"

Soudain, le corps de Dean fut parcouru de spasmes. Il se surprit même à crier. Enfin, autant qu’il lui était possible… Des aiguilles s’enfonçaient dans sa chair, réveillant un à un chaque nerf sous sa peau. Plus que des aiguilles, des lames. Invisibles ennemies, elles se frayaient un chemin parmi les muscles déjà sensibles. Elles tranchaient. Elles déchiraient. Elles transperçaient. Elles violaient le peu qu’il lui restait d’intimité. Elles ne lui laissaient aucun répit. La douleur était sans commune mesure. Permanente. Lancinante. Une éternelle brûlure. La sensation d’être écorché vif. Les moyens de la torture sans les inconvénients. La torture sans trace. La torture sans hémoglobine. Il aurait pourtant juré avoir senti des mains sous sa peau… enserrant son cœur…
La douleur était devenue son monde et pourtant… il s’en passait des choses autour de lui. Sa mère qui lui caressait le visage. Sa mère qui chantonnait.

Doucement, doucement
Doucement s’en va le jour
Doucement, doucement
A pas de velours.

Etrange comportement d’une mère. Son enfant souffrait le martyre et elle lui chantait une berceuse. Elle était pourtant consciente du danger. Dean était à l’article de la mort et elle l’aidait à s’endormir… quelle mère ferait ça ? Quelle mère en effet… Mais la question ne se posait plus quand on connaissait sa véritable nature. D’ailleurs Kelly trouvait son idée de plus en plus géniale. A l’évidence, il n’y avait rien de pire pour ce chasseur que d’être confronté à une figure maternelle…

Doucement, doucement
Doucement s’en va le jour
Doucement, doucement
A pas de velours.

Enfin, rien de pire… En fait si.

"Dean, mon ange…"

Silence douloureux.

"Regarde-moi mon ange !"

REGARDE-MOI !

Il leva les yeux vers elle et sous son regard médusé, il la vit se métamorphoser en la plus hideuse des créatures. La peau ridée et pâle comme un cadavre. Un corps squelettique d’où semblait saillir des corps cartilagineux. Une longue chevelure blanchâtre descendait en cascade sur ses épaules déjà humides. C’était la réalité, mais il lui semblait encore voir en surimpression le visage de sa mère. Résultat des divagations d’un cerveau fatigué ? Peut-être. En tout cas, l’image était dérangeante et pour un esprit perturbé comme le sien, cela n’arrangeait en rien les choses. Encore moins quand la personne, érigée en idéal féminin de longues années durant, ouvrait la bouche pour dévoiler plusieurs rangées de dents acérées. Un cri strident déchira l’air.

REGARDE-MOI !

En l’espace d’une seconde, elle se matérialisa devant Dean. Elle lui prit le visage entre ses mains palmées tout en continuant à chantonner.

Doucement, doucement
Doucement s’en va le jour
Doucement, doucement
A pas de velours.

A ce stade, son apparence ne semblait plus le gêner outre mesure. Même le baiser langoureux dont elle le gratifia et auquel il répondit comme Œdipe en son temps. Dean se mit soudain à pâlir et s’affola, tentant dans un dernier sursaut de se soustraire à l’emprise de la sirène. Les effets étaient bien trop évidents pour ne pas les reconnaître. Ses gestes se firent de plus en plus lents, son teint de plus en plus pâle. Ses lèvres se mirent à bleuir à mesure que l’eau continuait d’envahir son organisme. Inexorablement. Le baiser de la sirène le noyait à petit feu. Le baiser de sa mère devenait acte de trahison. Elle brillait par son indifférence. Il se mourait et elle n’y attachait aucune importance. Pire, c’était elle levait l’arme pour l’achever. Confus, il vit une dernière fois ce visage si familier et en même temps, tellement terrifiant au-dessus de lui. Il lui sembla entendre sa voix si douce… si apaisante… si ensorcelante…

Dans le creux des bois
Des oiseaux blottis
Se sont endormis.
Bonne nuit.

Puis ce fut le trou noir.


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MessageSujet: Re: UN ANGE PASSE...   Dim 20 Fév - 13:36

"AAAAAAAHHH !"

"Sheryn ? Qu'est-ce qui se passe ? Réponds-moi !"

La jeune femme porta une main à son cœur, le visage déformé par la douleur.

"Sheryn ?! Sheryn ? Parle-moi !"

"Kelly…"

"Kelly ? Quoi Kelly ? Tu ressens sa présence ? On se rapproche d'elle, c'est ça ? Toujours cette puissance… cette colère…"

"Il n'y a plus rien…"

Une larme roula sur sa joue.

"Pardon ?"

"Le vide. Le silence. Le néant. Je ne sens plus rien…"

"Et ?"

"Et ça ne peut signifier qu'une seule chose…"

A cette pensée, le cœur de Sam se serra dans sa poitrine et il retint inconsciemment sa respiration.

"Kelly est morte…"

La nouvelle lui fit l'effet d'une claque et il lui sembla d'un coup sortir d'un mauvais rêve.

"Quoi ?"

"Elle est morte…"

Sam savait qu'il aurait dû se sentir soulagé d'apprendre la mort de la sirène, mais il ne parvenait pas pour autant à se rassurer. Peut-être était-ce ce silence. Peut-être étaient-ce ces cauchemars qui ne l'avaient jamais vraiment quitté ou ce rire diabolique qui résonnait encore dans sa tête. Ou peut-être était-ce tout simplement un pressentiment. Un mauvais pressentiment… Sheryn se tourna vers lui d'un air triste.

"Tu penses que ton ami est mort aussi, n'est-ce pas ?"

Sam ne pensait rien ou plutôt il ne voulait plus penser… Il ne voulait plus y penser. Il ne voulait pas croire que cela puisse être une réalité. Il ne répondit rien et appuya sur l'accélérateur, avalant en quelques minutes les derniers kilomètres qui le séparaient encore de la scène du crime – pour autant qu'elle méritât encore l'usage du singulier.

Quand ils arrivèrent enfin aux abords du lac, ce qui frappa le plus Sam, ce fut le silence. Non pas qu'il faille réellement s'attendre à un véritable concert à cette heure avancée de la nuit, mais c'était tellement calme que c'en était flippant. Pas de vent pour faire bruisser les feuilles. Pas de clapotis. Pas de chants ni de cris. Rien. Comme si toute vie avait cessé. Comme si la révélation de Sheryn sur sa sœur n'avait été qu'un leurre. Rien. Il n'y avait plus rien que ce silence de mort.

Il ne se laissa pas le temps de réfléchir. Il ouvrit la portière et disparut dans la nuit, sans se soucier de la jeune femme qu'il laissait derrière lui et espérant secrètement ne pas découvrir ce qui avait hanté toutes ses nuits depuis plus d'un mois.

Guidé par ses souvenirs, le cœur battant, la respiration haletante, il ne tarda pas à rejoindre le lieu qu'il avait vu en rêve. Il s'approcha de la rive et là se sentit défaillir. Son visage perdit toutes ses couleurs et des larmes se mirent à rouler le long de ses joues. L'habitude n'avait pas effacé la douleur et le chagrin. Il se laissa tomber devant ce corps qui gisait pour moitié dans l'eau et pour l'autre sur la rive.

"Dean…"

D'une main tremblante, il posa deux doigts sur sa jugulaire. Aucun pouls.

"Non non non non non. Ça ne devait pas se passer comme ça. Ça ne doit pas se passer comme ça !"

Il tira délicatement le corps de son grand frère sur la terre ferme avant de commencer bouche-à-bouche et massage cardiaque.

"Dean ! Me fais pas ça, vieux !"

Et il les enchaînait.

"Me laisse pas ! Dean ! Réveille-toi! J't'en supplie, réveille-toi! Tu n'peux pas m'faire ça ! Pas maintenant. Pas maintenant…"

Et il continuait inlassablement de prodiguer ces gestes de premier secours même si le résultat restait invariablement le même. Ce corps ne prenait vie qu'avec les gestes acharnés de cet homme qui refusait de le voir partir. La vérité, c'était que la vie avait déserté. Il était arrivé trop tard pour le sauver.

"DEAN !"

Il n'y avait plus rien à sauver. Il prit dans ses bras le corps de ce frère tant chéri et se mit à le bercer comme Dean le faisait autrefois. Aucune réaction. Juste un corps mou. Juste un corps froid et sans vie.

"Ça ne devait pas se passer comme ça. A quoi ça sert d'avoir des visions si je ne peux même pas te sauver ? A quoi ça sert si je ne peux rien changer ? Et toi qui ne dis rien…"

Il le serra tout contre lui, espérant peut-être le réchauffer, lui rendre un peu d'humanité et de vie, attendant un miracle qui ne viendrait sans doute jamais…

"DEAN ! NON ! NOOOOOOOOONNNNN !" (en le serrant de plus belle)

"C'est trop tard Sam. Tu devrais le laisser partir maintenant…"

Pas de ricanement. Pas de rire. Juste une voix douce et calme, minée elle aussi par le chagrin. Sam refusait juste de l'entendre.

"NON ! NON! NOOOOOOOOOOOOOOONNNNNN !"

Dieu, qu'est-ce qu'il aurait donné maintenant pour pouvoir se réveiller comme si ce n'était qu'un rêve ! Mais il avait beau fermer les yeux et les rouvrir, son frère gisait toujours sans vie. C'était un cauchemar. Ça ne pouvait être qu'un cauchemar. Dean ne pouvait pas être mort. Il ne pouvait pas l'avoir laissé tout seul.

"Sam, tu ne devrais pas rester là... Je suis sûre que ton ami n'aurait jamais voulu ça de toi..."

"Tais-toi ! Tu ne le connais même pas !... Il a toujours été là pour moi quand j'avais besoin de lui. Je ne peux pas le laisser, tu comprends ?! Je ne peux pas le laisser seul. Je veux être là quand il va se réveiller."

"Sam... Dean est mort... Il ne va plus se réveiller, tu sais."

Elle essaya de lui faire lâcher prise, mais c'était peine perdue.

"Non, c'est faux ! Je sais qu'il va se réveiller… Il doit se réveiller ! Il ne peut pas me laisser tout seul. Dis-lui, Dean, dis-lui qu'elle a tort !..." (en caressant doucement son visage)

"La douleur t'aveugle, mais…"

"Qu'est-ce que peux bien comprendre à ma douleur ? Tu n'es pas moi. Tu n'es même pas humaine. Aucune d'entre vous ne l'était ! Et regarde où j'en suis maintenant !"

"J'ai aussi perdu des sœurs ce soir…" (blessée)

"Et tu oses comparer ? Elles n'ont jamais fait qu'apporter la destruction. Dean… Dean est…"

"Etait…"

"Dean n'est peut-être pas quelqu'un de parfait, mais il ne méritait pas ça."

"Il ne le méritait pas ? Notre race n’est peut-être pas parmi les plus tendres, mais regarde autour de toi ! C’est un carnage ! Il ne valait pas mieux que nous ! "

"Arrête de parler comme ça de lui ! Tu ne le connais pas !"

"Tu sais quoi ? Je suis heureuse de ne pas l’avoir connu. Quelqu’un capable d’autant de cruauté ne mérite pas d’être appelé humain. C’est un monstre."

Il se releva brusquement. Elle avait dépassé les limites et elle le savait. Au moins, il avait relâché le corps de son ami. Il s'avançait maintenant vers elle, la menaçant de toute sa hauteur.

"Ma famille. Ton ami. Il a l'air paisible. Elles ont souffert le martyre. Tu veux encore comparer ?"

Elle pouvait sentir toute sa colère… toute cette tension dans ses muscles… mais elle n'avait pas peur.

"Tu veux me tuer ? Ok. Mais avant je…"

"Qu'est-ce que tu veux ?"

"Je veux savoir qui elle est." (en désignant le corps féminin étendu non loin de l'endroit où l'était son frère)

"Ta sœur."

"Je ne te parle pas de l'évidence. Je parle de son visage. A qui appartient-il ?"

Sam écarta la jeune femme de son chemin et se dirigea vers l'autre corps. A peine l'eut-il retourné qu'il recula brusquement. Il posa successivement son regard sur elle et sur Dean d'un air affolé.

"Mon Dieu ! Dean…"

"Sam, QUI est-elle ?"

Il releva la tête vers elle, les yeux embués de larmes, sans mot dire.

"Tu la connaissais, n'est-ce pas ? Qui est-elle, Sam ?"

Il déglutit avant de répondre.

"Notre mère…"

"Votre m…? Donc Dean était…"

"Dean est mon frère."

"Pourquoi tu n'as rien dit ?"

"Qu'est-ce que ça aurait changé ? Dean a toujours été le seul qui ait vraiment compté dans ma vie… Qu'on soit frères dans la vraie vie ou qu'on soit amis pour le boulot, rien n'est différent pour moi. Dean est juste Dean. Le grand frère qui m'a sorti des flammes le jour où notre mère est morte. Le meilleur ami que l'on puisse rêver d'avoir. Ma seule famille."

"Je suis désolée…"

Elle attendait le coup de grâce. Elle attendait qu'il veuille bien la tuer. Pour que chaque chose soit à sa place. Les monstres avec les monstres. Au contraire, il ne se passa rien. Sam tourna les talons et s'agenouilla près de son frère.

"Et alors c'est tout ? Tu t'en vas comme ça ? Et moi dans tout ça, tu y as pensé ?"

"Tu fais pareil de ton côté. Je ne veux plus te voir."

"Tue-moi Sam ! Tu l'as promis. Tue-moi !"

"Ça ne serait pas faire honneur à sa mémoire. Il n'a jamais été question de tuer une innocente. Dean ne t'appréciait peut-être pas, mais il savait que tu n'étais en rien coupable."

"Mais je suis une sirène !"

"Nous sommes peut-être chasseurs mais nous avons des principes, Sheryn. Nous ne tuons pas par envie mais par nécessité. Tu ne rentres pas dans ces priorités, alors va t-en !"

"Je n'ai plus personne et je ne connais rien de ce monde. Ce que je te demande, je te le demande comme une faveur. Laisse-moi rejoindre les miens ! Laisse-moi mourir ! Tue-moi ! Je t'en supplie, tue-moi !"

"Je suis désolé. Je ne peux pas faire ça…"

"Pourquoi ?"

"Va t-en ! Laisse-moi tranquille !"

"Pourquoi Sam ?"

"VA T-EN !"

La jeune femme le vit lui tourner le dos et ne plus lui accorder un soupçon d'attention.

Elle était là maintenant. Seule. Vivante au milieu de cadavres. Unique survivante d'une famille multimillénaire. Des larmes roulèrent sur ses joues alors qu'elle caressait une dernière fois le visage de ses sœurs. C'était un adieu. Pardonnez-moi…

"PUISQUE TU Y TIENS TELLEMENT !"

Il ne réagit même pas à sa voix. Cela l'attrista au plus haut point. Il aurait au moins pu faire ses adieux autrement.

Sam n'avait pas remarqué le départ de Sheryn, trop occupé qu'il était auprès de son frère. De toute façon, plus rien n'avait d'importance depuis que Dean n'était plus.

"Dean… Pourquoi t'as fait ça mec ? Tu avais promis… Je serai toujours là pour toi, tu disais… Aujourd'hui tu n'es plus là, qu'est-ce que je vais devenir ? Dis-moi, qu'est-ce que je vais devenir sans toi ? Deanie…"

Il se pencha sur lui, serra sa veste de cuir et se laissa aller… Un bruit de papier froissé le tira de sa torpeur. Il essuya maladroitement ses larmes et glissa une main dans la poche de la veste. Il la ressortit avec un morceau de papier plié à la va-vite sur lequel était inscrit son prénom. Il reconnut de suite l'écriture de son frère. C'est donc d'une main tremblante et le cœur au bord des yeux qu'il déplia le précieux sésame. Il lut les premières lignes et se surprit à sourire. C’était bien son frère.

Sammy,

Je sais que tu détestes ça, mais c'est le seul nom que je te connaisse. Si tu lis cette lettre, c'est que je ne suis plus là. Ne t'en veux pas pour ce qu'il s'est passé. C'était mon choix. Je sais que c'est dur à entendre, mais j'avais mes raisons. Je n'ai pas pris cette décision à la légère, crois-le bien.

L'autre jour tu m'as parlé de ton anniversaire. Je pense que maintenant que je ne suis plus là, tu as le droit de savoir… Je suis désolé si je t'ai fait souffrir, Sammy. Mon but était justement l'inverse. Faut croire que je n'étais pas doué. Ce jour-là, ce fameux 2 mai 2004, j'étais à l'hôpital. Mais pas pour une chasse. A cause de la vie. A cause d'un organe. Qui aurait pu croire que le chasseur serait terrassé par la normalité ? Qui aurait pu croire que je puisse faire un malaise cardiaque à 26 ans ? Pas moi en tout cas. Papa non plus. Je t'entends hurler d'ici qu'il aurait pu te prévenir. C'est vrai, il aurait pu. Il a essayé en fait. Je l'en ai empêché. Je ne voulais pas que tu quittes cette vie que tu avais toujours rêvé pour moi. Je ne voulais pas que tu t'inquiètes pour quelque chose qui allait passer. J'avais raison. On s'est revus depuis. J'avais tort aussi. Je ne suis pas le super-héros que tu avais fait de moi. Je ne suis pas immortel. J'ai fait une rechute. On m'a annoncé il y a quelques semaines que je n'en avais plus pour très longtemps. Là encore, je ne t'ai rien dit. C'est peut-être égoïste, mais je ne voulais pas que tu souffres pour moi, pour une cause perdue d'avance. Depuis des choses se sont passées dans ma vie… j'ai rencontré quelqu'un et il m'a fait comprendre que je commettais une erreur. J'ai perdu cette personne et avec elle tout espoir de changement. J'ai aussi vu le moyen de régler deux problèmes en une seule fois. Tuer ces choses et t'éviter de me voir devenir un légume. Je sais que tu n'aurais sans doute pas été d'accord avec tout ça, mais tu dois comprendre une chose. Ce que j'ai fait, je l'ai fait pour toi. Je t'aime, p'tit frère.

Dean.

"J't'aime aussi Dean…"


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MessageSujet: Re: UN ANGE PASSE...   Dim 20 Fév - 13:47

Une vieille légende raconte qu’un jour naîtra une princesse. Sirène en apparence, humaine à l’intérieur, ses pouvoirs seront sans limites. Jeune, belle, insouciante, elle ne prendra conscience de son potentiel que bien tard. Quand ce moment viendra elle devra faire un choix. Quand ce moment viendra, elle ne jouera pas seulement son avenir mais celui de tout un peuple. Elle sera celle par qui tout arrivera…

*flash*

"Vous devez veiller sur elle, mes princesses. L'Oracle nous a confirmé ce que l'on savait déjà. Elle est amenée à accomplir de grandes choses. Mais il a aussi prédit que l'avenir de notre race était intimement lié à sa propre destinée. Sheryn doit être protégée et ce, à n'importe quel prix, car ma petite princesse est appelée à devenir reine... Vous m'entendez ?"

Vous êtes tous morts aujourd'hui, alors dites-moi est-ce que cela en valait vraiment la peine ? Vous êtes tous morts et je suis seule. A quoi cela sert-il d'être vivante si je suis seule ?

*flash*

"Elle est celle par qui tout arrive..."

La Mort surtout. Je ne suis en ce monde que depuis peu et je n'ai apporté que la mort. Je vis. Ils meurent. Quelle est la justice ?

*flash*

"Princesse d'un royaume que tu ne soupçonnes même pas, tu n'appartiens pas à ce monde mais ce monde t'appartient. Car sans l'eau il n'est pas de vie..."

Qu'importe ce royaume ! Qu'importent mes supposés sujets ! Qu'importe tout ce qu'on me fait miroiter !... Je n'ai plus de famille. Plus d'amis. Plus d'amour. Plus rien sur quoi me rattacher. Un monde sans vie. Un monde vide et sans intérêt. Un monde dans lequel je refuse de vivre.
***

Elle s'effondra à genoux alors que des images affluaient dans sa tête et que des sensations envahissaient son esprit. Les unes comme les autres lui étaient étrangères.


Un flirt. Des rires. Des sourires. Le plaisir. Le désir. La colère. La douleur… Une douleur qui lui déchirait les entrailles. Un feu qui la brûlait de l'intérieur. Une véritable bombe à retardement. Ce qu'elle ressentait était si intense qu'il lui semblait impossible d'hurler. Ç’aurait été manifester trop d'efforts pour le peu d'énergie qu'il lui restait. Alors elle se contentait de pleurer en silence avec cette voix qui ne cessait de répéter à qui voulait l'entendre…

"S'il te plaît… Je t'en supplie… Tue-moi !"

La douleur devenait atroce. Insoutenable. Elle en venait même à approuver cette voix en elle et à espérer l'heureux dénouement.

Tue-moi… Tuez-moi… Que quelqu'un se dévoue, mais tuez-moi !

Elle eut un hoquet de surprise quand elle sentit comme une déchirure au niveau de sa poitrine et deux corps étrangers à l'intérieur. Elle entendit la voix murmurer.

"E… E…Elle t…t…e tu-tuera p-pour ça…"

Quelque chose lui fut arrachée et la voix se tut à jamais. Sheryn était toujours là, effondrée sur l'herbe, se tenant la poitrine d'une main et reprenant avec peine sa respiration. Elle était toujours là et elle ne comprenait pas pourquoi.

"Tu as ressenti ça ?"

Elle releva la tête et des larmes perlèrent au bord de ses yeux.

"Chrissy…"

"Tu es la plus forte d'entre nous, tu le sais ça ? Tu l'as toujours été, petite sœur. Tu as simplement été trop modeste pour te l'avouer."

"Je ne veux pas être forte. Je ne peux pas… Je ne veux plus. Plus maintenant. Maintenant qu'il n'y a plus personne…"

"Oh ma chérie, si tu savais comme je suis désolée ! J'aurais tellement voulu être encore avec toi pour te soutenir pour t'accompagner dans ton destin…"

"Mon destin ? Quel destin ? Je me fous d'un destin qui me prive de tout. Je me fous d'être une princesse. Je me fous de cette vie de rêve. Tout ce que je voulais, c'était être normale. Avoir une famille. Des amis. Connaître l'Amour et faire ma vie avec quelqu'un. Je n'ai plus rien. Je ne veux pas de ce destin ! " (les larmes aux yeux)

Sa sœur s'approcha d'elle et vint lui caresser la joue.

"Le destin t'a choisie, Sheryn, et que tu le veuilles ou non la légende est en marche. Et même si j'aurais voulu être à tes côtés aujourd'hui, je sais aussi qu'il devait en être ainsi."

"Non…"

"Rien ne peut aller à l'encontre de ta destinée, petite sœur, sauf peut-être toi. Le destin t'a choisie, mais tu as encore le choix. Tu as toutes les réponses en toi. Choisis la bonne et vis ton destin, petite princesse !..."

"Attends !"

"Aie confiance ! Tu as toutes les réponses… Ecoute ton cœur !... Prends la bonne décision !..."

L'image de la jeune femme se dissipa dans l'air, laissant Sheryn de nouveau seule et désemparée. Pas pour très longtemps.

Doucement, doucement
Doucement s’en va le jour
Doucement, doucement
A pas de velours.

Des flashs. Un homme. Un baiser. Une berceuse.
Dans le creux des bois
Des oiseaux blottis
Se sont endormis.
Bonne nuit.

La peur. L'affolement. La terreur. Et toute cette eau qui envahissait ses poumons. Une eau jadis alliée qui se muait en la plus redoutable des ennemies. La vie s'échappait peu à peu de son corps. Elle se sentait vieillir. Elle se sentait flétrir. Elle se sentait mourir pour ne plus rien sentir…

"Tu sais que je me suis faite avoir comme une sirène de 100 ans ?"

"Kelly ?"

"J'ai sous-estimé ce misérable cloporte et… voilà où j'en suis. Morte et pas vraiment enterrée. Lui non plus d'ailleurs. T'as qu'à appeler ça une vengeance d'outre-tombe."

"Il t'a tuée et tout ce que tu trouves à dire c'est…"

"Non mais écoutez-la la sainte-nitouche ! Il avait tué Chrissy et tu croyais sérieusement que j'allais laisser passer ça ?! Allons Sheryn, ne te fais pas plus bête que tu n'es ! Son sort était déjà scellé avant que je ne vienne y mettre mon grain de sel !"

"Tu y as pris du plaisir, hein ? Alors, dis-moi, qu'est-ce que ça fait de se faire tuer, hmmm ? Ça fait de toi quelqu'un d'exceptionnel ?"

"Ne me parle pas sur ce ton !"

"J'te parle comme je veux, tu es morte chérie ! D'ailleurs je me demande bien comment…"

Sheryn vit le sourire moqueur de son aînée se transformer en moue boudeuse.

"Il voulait mourir. J'ai juste mal évalué à quel point."

"Tu as pris le visage de sa mère, Kelly, à quoi tu pouvais t'attendre d'autre ? Ça plus tes charmes, il a littéralement plongé dans ton monde. Il t'a juste entraînée avec… Vois donc où ton désir de vengeance t'a menée !"

"Ce n'était pas de la vengeance ! Je devais te protéger de lui. C'était un chasseur et…"

"Et il venait de tuer ta fille unique…"

"Comment l'as-tu appris ?"

"Ça n'a pas d'importance. Plus maintenant. Tu t'es laissée aveugler par ta colère, Kelly. Tu n'as pas su protéger Chrissy et tu as cru vouloir me protéger, mais ce n'était que de la vengeance. Je n'ai jamais demandé à être protégée. Il n'y a plus personne à protéger. Il n'y en a jamais eu. Aujourd'hui, pour m'être fait protéger, je suis seule. Alors dis-moi, oui dis-moi si cela en valait vraiment la peine !"

"Tu es vraiment trop sensible. Il n'a jamais été question de nous dans cette légende mais de toi. C'est toi la princesse légendaire qui nous sauvera tous !"

"Je ne veux pas de tout ça ! Je m'y refuse ! C'est trop dur. Je ne peux pas. Pas sans vous."

"Comme si tu avais le choix. Tu as été choisie par le Destin et tu ne peux pas y échapper ! Tu as ta place à prendre sur ce trône. Prends-la et estime-toi heureuse ! C'est un grand honneur pour notre famille. C'est une chance pour notre peuple."

"IL N'Y A PLUS DE FAMILLE ! Et je me fous de ce peuple que je ne connais même pas !"

Les iris de Kelly se mirent à onduler. Elle était dans une colère noire.

"Ne dis plus jamais ça, tu m'entends ? Ne manque plus jamais de respect à notre peuple ! Il t'a nourrie. Il a fait de toi une reine. Ne l'oublie jamais."

"Et alors ? Je ne veux pas de ça."

"On ne t'a jamais demandé ton avis ! Tu as de nouvelles responsabilités ; tu les assumes !"

"Et si je refuse, tu feras quoi ? Tu me tueras ?"

"Sheryn…"

"Et bien, qu'est-ce que tu attends ? Fais-le ! Je n'attends que ça de toute façon. Je n'ai rien à voir avec ce monde. Je n'y appartiens pas alors autant m'en aller. De préférence pour toujours."

"Je ne peux pas…"

"Oh ! Tu voudrais me faire croire que toi, tueuse née, tu ne peux pas me tuer ?"

"Je suis morte, je te rappelle."

"Tu es aussi devant moi et crois-moi, aussi vraie que nature."

"Tu n'as rien compris, pas vrai ?"

"Compris quoi ?"

"Pourquoi la Princesse est si puissante…"

"Je suppose que, dans ton infinie bonté, tu vas me le dire…"

"Les réponses sont en toi, mon ange !"

Sheryn leva les yeux au ciel. Décidément, ce n'était pas la réponse qu'elle attendait. D'ailleurs, pour être honnête, il y avait plus de questions que de réponses.

"Regarde en toi… Regarde autour de toi…"

Elle ferma les yeux et fit mine de se concentrer. Des lumières se mirent à danser autour d'elle.

"Dis-nous ce que tu vois !" Nous ?

Elle ouvrit ses yeux pour se retrouver nez à nez avec des centaines peut-être même des milliers de visages. Pour la plupart, des inconnus. Parmi eux, trois appartenaient à sa famille. Nixos. Kelly. Chrissy. Ils étaient tous là. Tous morts aussi. Des larmes roulèrent sur ses joues.

"Ma petite princesse"

"Vous êtes tous en moi ? Pourquoi ?"

"Nous ne sommes jamais partis, mon ange. Nous avons toujours été là avec toi… Dans ton cœur. Nous ne te quitterons jamais."

"Mais…"

"Tu n'es pas seule Sheryn ! Tu portes notre peuple dans ton esprit et dans ton cœur. C'est ce qui te rend unique. C'est ce qui te rend puissante."

"Mais…"

"Tu as un devoir à accomplir, mon enfant. Toi seule le peux. Toi seule en as le pouvoir. Toi seule peux choisir. Nous sommes tous pliés à ta volonté. Tu as une décision à prendre aujourd'hui, alors réfléchis-y bien. Car une fois prise, tu ne pourras plus jamais revenir en arrière."

"Mais…"

"Tu portes en toi toutes les réponses. Fais le bon choix !"

Sur ce, ils la laissèrent de nouveau seule.

Elle était là, pensive, sur l'herbe que la rosée commençait tout juste à humidifier. Le froid était tombé mais elle y semblait insensible. Pas étonnant après autant de révélations. Une douche froide à elle toute seule. Une responsabilité sans commune mesure. Un choix à faire sans vraiment connaître lequel. Des priorités à gérer. Et tout un tas de choses auxquelles elle n'aurait sans doute jamais réfléchi avant. Et dire qu'ils l'avaient laissée là ! Sa famille. Ses sujets. Qu'importait le nom après tout, le résultat restait invariablement le même.

Elle soupira. Si c'était une sorte de rite d'initiation, il craignait vraiment. L'enjeu n'en valait même pas la peine. Elle jeta un regard triste en arrière, là où elle avait laissé ce qu'il lui restait de famille ainsi que son premier et unique amour.

Elle se souvenait de son regard quand il avait découvert le corps de son frère. Elle se souvenait de leur discussion et de son refus à vouloir la tuer. Ça lui avait brisé le cœur. Elle avait été rejetée par son seul amour. Elle avait appris aussi avec certitude qu'elle n'avait pas de place en ce monde. Mais en avait-elle plus dans l'autre ? Ils avaient beau dire qu'ils resteraient à jamais dans son cœur, cela ne remplaçait pas leur présence physique. Quoi qu'ils aient été, ils n'en étaient pas moins sa famille et cette famille lui manquait…

"Pardonnez-moi…"

Ceci n'était pas destiné à quelqu'un en particulier. C'était même plutôt l'inverse. Ces excuses valaient aussi bien pour sa famille, qu'à son (petit) ami ou encore à tous ceux qui croyaient en elle. Elle n'avait pas la force de continuer pour quelque chose en laquelle elle ne croyait plus. Que ce quelque chose soit un royaume, une légende ou l'Amour. En revanche – et elle l'avait compris avec Sam –, la Famille c'était ça l'important. Alors, puisqu'elle ne pouvait plus la rejoindre, ce serait elle qui viendrait à Elle. C'était sa décision. C'était son choix. Personne d'autre n'avait son mot à dire.

Pardonnez-moi, mais c'est mon choix…

Alors que sa volonté semblait bien arrêtée, le vent monta et une lumière l'aveugla.

"Je vois que tu as fait ton choix, mon ange…"

En lieu et place de cette lumière éblouissante se tenait maintenant une jeune femme au visage tendre et en même temps si sérieux.

"Maman ?"

"Tu sais ce que cela implique…"

"Je vais enfin rejoindre les miens."

"C'est une manière de voir les choses…" (en souriant tristement)

"Je sais que je vais mourir et je sais aussi que ce sacrifice en vaut la peine. La famille n'a pas de prix, mais elle vaut bien un royaume…"

"Qu'il en soit ainsi. Viens !" (en tendant ses bras vers elle)

Sheryn s'avança vers sa mère sans une hésitation et quand celle-ci referma son étreinte, elle ressentit une vive douleur irradier tout son corps.
Elle regarda une dernière fois le lac, la seule maison qu'elle n'ait jamais connue.

"N'aie pas peur, mon ange ! Tout va bien se passer…"

Sheryn lui adressa un léger sourire. Elle avait voulu mourir. Elle n'aurait pas cru que ce serait si long et surtout si douloureux. Si c'était le prix à payer pour sa liberté, alors elle l'honorerait par son courage.

"Tu n'es pas seule à mourir aujourd'hui. Laisse-leur le temps…"

Le temps. Voilà bien quelque chose qui ne comptait plus depuis bien longtemps.

Elle s'allongea sur l'herbe et ferma les yeux. Elle laissa vagabonder son esprit et se retrouva près de Sam. Il était dans la même position et dans le même état émotionnel que lorsqu'elle l'avait laissé quelques minutes plus tôt. Effondré. Amorphe. Perdu. Et tant d'autres choses qui lui auraient été trop long d'énumérer. Il avait beau l'avoir rejetée Il avait beau avoir fait d'elle de l'histoire ancienne elle ne l'avait pas oublié. Mieux, le drame qu'il traversait la touchait au plus profond d'elle. Elle n'avait pas vraiment eu le temps de connaître Dean, mais Sam lui vouait une telle admiration qu'il lui était impossible de ne pas l'apprécier. Cet homme avait tué ses sœurs. Cet homme avait sans doute tué des centaines de créatures comme elle, mais il avait choisi de la laisser vivre. C'était un chasseur. C'était aussi et surtout un homme juste. Un homme d'exception.

Elle s'approcha d'eux deux à tâtons, comme si elle avait peur d'être entendue. Drôle d'idée quand on était une projection de soi.

Quand je t'ai demandé de me tuer, tu as toujours refusé de le faire. J'ai d'abord pris cela comme une insulte, mais aujourd'hui j'ai compris. Tu l'as fait pour moi. Tu l'as fait parce que tu croyais en moi et en ce que j'allais devenir. Tu l'as fait pour me donner une seconde chance. Pardonne-moi si j'ai tout gâché mais il le fallait ! Je ne pouvais pas… C'était plus fort que moi. J'aime ce monde et… je t'aime Sam. Alors avant de partir, je voudrais t'offrir un cadeau très spécial. Fais-en bon usage !

Sur ce, elle l'embrassa sur la joue avant de disparaître. Sam se toucha machinalement la joue.

"Sheryn…" (murmure)

"Il est l'heure, mon ange !"

"Je suis prête !"

"Suis-moi !"
***

Le corps de Dean se souleva brusquement en même temps qu'il prenait une grande inspiration.


"Dean ?"


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MessageSujet: Re: UN ANGE PASSE...   Dim 20 Fév - 13:51

"Dean ?" (d’une voix timide)

Seule une toux lui répondit.

Sam restait en retrait. Ce n’était pas qu’il avait peur de son frère. Grands dieux, non ! C’est juste qu’il ne voulait pas crier victoire trop vite. Il avait déjà assez souffert pour aujourd'hui sans en rajouter une couche avec de faux espoirs. Bon ok, le corps de Dean s’était relevé et il pouvait même l’entendre tousser… ça le faisait donc rentrer dans la catégorie des vivants, non ? Non ? D’un autre côté, il avait fait massages cardiaques sur massages cardiaques… enchaîné les bouche-à-bouche et n’avait rien obtenu d’autre que le néant. Alors cette soi-disant résurrection ne lui disait rien qui vaille. Qu’est-ce qui lui disait qu’il s’agissait bien de son frère d’abord ? Ce corps n’avait montré aucun signe de Dean après tout. En même temps, depuis deux minutes, il ne faisait que cracher ses poumons… et l’eau qui les avait remplis. A le voir se vider ainsi, on ne pouvait encore que s’interroger sur la possibilité humaine de la chose et Sam arrivait toujours à la même conclusion. Il fallait guetter la moindre réaction.

"Dean, c’est toi ?"

Et Dean qui ne répondait toujours pas… Ça l’horripilait. Ça le rendait malade de se demander si la personne à ses côtés était bien son frère. Ça le rendait dingue de ne pas savoir comment réagir. Les légendes avaient toujours fait la part belle au charme des sirènes et à la fin tragique de leurs proies. Alors pourquoi ce serait différent pour Dean ? Parce que c’est Dean ? Parce qu’il était de tellement bonne compagnie que même la mort n’en avait pas voulu ? Il aurait bien aimé y croire, mais c’était trop beau pour être vrai.
***

Cracher et encore cracher. Eliminer l’eau de son organisme encore une fois… pour l’énième fois. Elle avait promis. Cette salope avait promis que ce serait la dernière et il se retrouvait de nouveau dans la position du gars qui venait de prendre une tasse ou plutôt, du gars qui venait de se noyer. Putain, c’était toujours aussi douloureux. Toujours aussi ironique. Il avait "bu" plus d’eau que de mesure mais il avait toujours aussi soif. C’était quoi l’étape suivante ? On remettait tout à zéro pour tout recommencer ? Il en avait marre de jouer au yo-yo. Vivre. Mourir. Vivre. Mourir. Vivre… Qu’elle se décide enfin à le laisser tranquille et qu’elle choisisse merde ! Qu’elle choisisse de le tuer surtout parce que là, il n’avait plus la force de vivre. Ce n’était plus à cause de sa maladie. La sirène… sa propre mère… lui avaient fait comprendre les vraies raisons de son châtiment. Quelque chose à la logique imparable. Il avait commis une faute. Il devait la réparer. Il avait mis Sammy en danger. Il devait le sauver ou tout du moins le protéger. C’était ça sa mission. Ça l’avait toujours été. Aujourd'hui, plus que jamais. Alors maintenant qu’il était de nouveau en vie, qu’adviendrait-il de son petit frère ?

"Dean… ?"

Cette voix… Oui, cette voix lui rappelait quelqu’un… et à la manière que son cœur avait de se serrer quand il l’entendait, nul doute qu’il tenait énormément à cette personne. Peut-être même plus qu’à sa propre existence. Et il y avait toujours cette eau qui s’échappait à grands flots de sa bouche. Combien de litres avait-il avalé ? Assez pour torturer. Pas assez pour mourir. Putain, ça allait encore durer longtemps cette connerie ? A quoi ça lui servait de le faire languir comme ça ? Après tout une nouvelle session allait débuter…

"Dean, c’est toi ?"

Evidemment que c’était lui, alors… Il n’y avait qu’à additionner deux plus deux pour arriver aux mêmes conclusions. Elle était là pour le narguer. Elle avait juste changé de visage. Encore. Après celui de sa mère, lequel elle pourrait bien emprunter ?

"Dean…"

Et cette voix qui refusait de se taire. Une voix qui lui était familière. Une voix teintée d’émotion. Une voix qu’il ne pourrait plus ignorer très longtemps. Il avait encore un détail à régler. Un détail aussi flou que son regard était embué de larmes. Il tourna la tête vers la voix, la respiration sifflante, les yeux plissés. Un énième "Dean" accueillit son geste et il soupira, agacé. Cette voix ne pouvait pas se taire ? Il avait l’air de qui sinon de lui-même ? Il lui aurait bien dit lui-même mais… oh, mais oui c’est vrai, il ne pouvait pas !... C’est que c’était déjà du boulot de recracher tout un lac ! Sarcastique ? Lui ? Naaaaan !... Juste réaliste.

Il soupira de plus belle et accorda toute son attention à la personne en face de lui. Peu à peu ses contours se dessinèrent et l’image se fit moins floue. Un homme de grande taille, habillé simplement, les cheveux bruns en bataille, agenouillé près de lui, la mine défaite, l’air abattu. Une figure familière. Un frère. Son Sammy. Du moins il aurait voulu y croire… oui mais voilà, il n’y avait jamais eu que deux personnes et Sam ne faisait pas partie de l’équation. Sammy… Dieu, il avait cherché sa présence en même temps qu’il avait voulu l’éviter. Dieu que sa présence lui faisait du bien, mais rien que l’idée de savoir qu’elle ait pu prendre son apparence le rendait malade. Il n’était pas dupe. Sam ne pouvait être ici. Il était bien trop occupé avec sa copine… Sa Sheryn ! Et puis il ne savait pas où chercher. Non. Cette personne ne pouvait pas être son petit frère. Cette personne n’était même pas humaine.

Pour ce que ça valait, il pouvait toujours faire semblant…

"S’mmy ?"

Les yeux du principal intéressé s’illuminèrent. Sammy. Voilà bien un mot qu’il ne pensait pas entendre de sitôt, mais il lui réchauffait le cœur.

"Dean ! Mec, si tu savais comme ça fait du bien de t’entendre !..." (en l’enserrant dans ses bras)

Dean leva les yeux au ciel et se racla la gorge. Décidément, elle s’était appliquée dans son imitation. Pour peu, il se serait vraiment cru face à son frère. Il savait juste que c’était impossible.

"Oh, pardon !" (en relâchant sa prise)

"S’mmy ?"

"Oui ? Tu as besoin de quelque chose ? Dis-moi !"

Elle avait pas l’impression d’en faire de trop là ?! Il garda cette remarque pour lui-même et ne se contenta que d’un mot.

"Soif…"

Sam arqua un sourcil. Son frère venait de frôler la noyade et la première chose qu’il demandait était de l’eau ??? Étrange… mais à voir l’état général de Dean il n’y avait pas à discuter.

"Bouge pas !" Très drôle…

Alors que Sam partait chercher une bouteille d’eau dans son sac, les doigts de Dean tâtonnèrent dans l’herbe humide et se resserrèrent autour du manche en bois. Et, Sam revenant avec le précieux sésame, son visage prit une expression neutre.

"Tiens ! Pas de précipitation hein ? Des petites gorgées. Je ne voudrais pas te perdre encore une fois."

Le portrait était vraiment ressemblant. Une vraie mère-poule. Chapeau ! Sammy aussi pouvait être horripilant. Oui mais le vrai Sammy ne l’aurait jamais laissé. Pas pour un motif aussi peu plausible en tout cas. Il laissa l’imposteur s’agenouiller auprès de lui et s’approcher… s’approcher… s’approcher… et quand il fut suffisamment près, il brandit l’arme et frappa.


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MessageSujet: Re: UN ANGE PASSE...   Dim 20 Fév - 14:00

"Dean ?!"

Dean ne l'écoutait pas. Il ne l'écoutait plus. Totalement déconnecté de la réalité, il n'attendait plus qu'une chose. Le cri de rage ou du moins le ricanement sinistre qui allaient suivre. Bientôt. Incessamment sous peu. D'ici quelques secondes. Là, maintenant, tout de suite. Il voulait s'en convaincre mais la vérité... La vérité c'était qu'il n'avait pu voir qu'un regard plein d'incompréhension. De l'incompréhension mêlée à de la douleur. Un bruit sourd. Ce calme assourdissant qui le mettait mal à l'aise. Ça ne pouvait signifier qu'une seule chose... Non. Non. Non. Non. Non. Ça ne pouvait pas être vrai. Il ne pouvait pas avoir fait ça. Il ne pouvait pas s'être trompé à ce point. Pas au point de...

"Sam...? Sammy ?"

Silence.

Il déglutit et rampa vers son frère.

"Hé, Sam, fini de jouer, réponds-moi !"

Nouveau silence.

"Ecoute je suis désolé si je..."

Il sentit les larmes lui piquer les yeux et il n'essaya même pas de les retenir. Il sentit l'émotion lui nouer l'estomac et là encore, il se laissa aller. C'était trop pour lui. L'éternelle torture de la sirène. Le ressentiment de sa mère à son égard. Et maintenant lui qui commettait l'irréparable sur la personne qui comptait le plus à ses yeux. Où avait-il merdé ? Comment avait-il pu en arriver là ? A cause de la sirène ? Non. A l'évidence, elle n'était pas à l'origine de cette "illusion". Il avait agi seul et en conscience. Il se prit à rire nerveusement. Sa mère avait raison, il ne réfléchissait pas avant de frapper. Et la dangerosité d'une telle réaction ne l'avait jamais autant frappé qu'aujourd'hui.

"Sam ? Sammy ?"

Toujours ce silence. Toujours ce putain de silence. Et lui qui ne faisait que parler dans le vide.

"Tu sais... Rien de tout ceci n'aurait dû arriver. Ça n'aurait jamais dû se passer ainsi. Je devais mourir, mais pas toi. Pas toi..." (en lui caressant la joue et en écartant une mèche qui lui barrait le visage)

"Je suis l'aîné. C'est à moi de mourir le premier. C'est dans l'ordre des choses. Elle me l'avait promis, tu sais... La mort salvatrice... J'ai juste été assez con pour la croire. Je fais un sacré chasseur pas vrai ? Normalement, là c'est le moment où tu dois faire un commentaire acide... Ouais t'as raison, y'a pas de quoi rire."

Il soupira tristement.

"Je voulais mourir tu sais... Ironique hein ? Je suis là à te regarder immobile, pour ne pas dire inerte, et j'en viens à envier ta place. Non plus parce que je voudrais mourir – tout ça n'a plus d'importance –, mais parce que je donnerais tout pour toi... pour te voir sourire et plaisanter à nouveau... tiens, même pour te voir m'engueuler. Mais ce silence... ça c'est au-dessus de mes forces. Cette solitude... L'idée même de vivre sans toi... je ne peux pas, tu comprends ?"

Sa respiration s'accéléra et il porta instinctivement une main à sa poitrine. Il lança un sourire douloureux à son petit frère.

"Tu veux que je te dise ? Finalement, y'a peut-être une justice en ce monde..." J'arrive Sammy !...

Et, la douleur se faisant plus déchirante que jamais, il s'effondra sur son frère, les yeux mi-clos.
***

La première chose qu’il ressentit, ce fut la douleur. Une douleur fulgurante. Une douleur déchirante. Ensuite… Ensuite, il prit surtout conscience d’un poids sur sa poitrine. Incommodé, il ouvrit les yeux pour constater que poids n’était autre que son frère.

"Dean ?"

Pas de réponse.

"Tu veux toujours me tuer ?" (en forçant un sourire)

Toujours aucune réponse.

"Dean ?" (inquiet)

"Hé Dean, tu m’entends ?! Tu veux bien me laisser respirer un peu ? C’est pas que j’t’aime pas mais là… euh… c’est un peu embarrassant. Pas d’attendrissement, pour reprendre tes propres mots. Dean…? Dean ? DEAN !"

Ce silence devenait décidément trop angoissant et son frère qui ne bougeait toujours pas d’un pouce… Il poussa le plus délicatement possible le corps de Dean de son bras valide et se positionna face à lui. Ce qu’il vit lui brisa le cœur. Il y avait tellement de détresse dans ce regard… Il y avait tant de douleur…

"Dean ?"

Une larme roula sur la joue du principal intéressé. Il lui lança un regard déchirant avant de fermer les paupières.

Décidément, il avait tout foiré. Il devait protéger Sammy et il l’avait attaqué. Il voulait lui éviter le spectacle pathétique de sa mort ; c’était raté aussi de ce côté-là. Il n’y avait qu’à voir l’affolement dans les yeux de son petit frère pour s’en convaincre. Mais bon, ce n’était plus son combat maintenant. Sammy était vivant, c’était ça l’important. Il pouvait mourir tranquille et embrasser avec avidité cette obscurité soudainement bien accueillante. Sammy se débrouillerait bien mieux sans lui de toute façon. Peut-être aurait-il dû consulter son petit frère avant de lancer une telle affirmation…

"Non. Non. Non. Non. Non. Dean !" (en lui tapotant les joues)

"Hé mec, réveille-toi ! T’as pas le droit de me faire un coup pareil !... Pas encore. Et ne t’avise même pas de mourir ou sinon… ou sinon… Sinon je te jure que tu ne seras plus le seul et unique membre de cette famille à être cardiaque !" Bravo Sam ! Vraiment, bravo ! Ça c’est de la menace !

"Dean, me laisse pas, tu m’entends ? Je te l’interdis !"

Il frappa du poing sur la poitrine de son frère, obtenant plus de craquements qu’un réel changement, et se sentit instantanément coupable.

"Dean ?"

C’était idiot. Il était évident que le principal intéressé était aux abonnés absents. Il voulait juste se rattacher à quelque chose… L’espoir ? Il ne savait pas s’il pouvait encore y croire. Il y avait goûté il y avait de ça à peine quelques minutes et il en gardait un goût amer. Il avait découvert le corps sans vie de son grand frère. On le lui avait ensuite rendu pour de nouveau le lui reprendre… Où donc était la justice en ce monde ?

Ok. On lui avait permis une dernière fois de voir… de parler à son frère. Sur le coup, il en avait été plus que reconnaissant mais maintenant… Maintenant il en voulait plus. Il voulait l’impossible. Retrouver son frère. Faire comme si rien ne s’était passé. Vivre une vie normale… aussi normale que pouvait être la leur. Dean au volant de son Impala adorée. Lui à se plaindre de la musique. Juste ensemble. Juste frères. Juste frères…

"Dean… J’t’en supplie, réveille-toi ! Me laisse pas. Me laisse pas…" (d’une voix déchirante)

Mon Dieu, aidez-moi ! Pardonnez-moi si je n’ai été qu’un piètre chrétien ces derniers temps. Pardonnez-moi si je vous ai un peu oublié. Je sais que j’abuse, mais je vous demande juste une chose. Rendez-le-moi. Ramenez-moi Dean. Qu’importe le prix. Qu’importe si je dois y rester. Je veux qu’il vive. Il doit vivre. Il mérite de vivre. Après tout ce qu’il a sacrifié pour moi…

Choix… Choix… Choix…

"Je sais bien que c’était son choix, mais je m’en fous de son choix ! Il n’avait pas le droit de me laisser ! Il m’avait promis ! Il m’avait promis qu’il serait toujours là pour moi. Et là quoi ? A la moindre complication… Au moindre aléa de la vie, il renonce à tout espoir ? Il n’est pas tout seul, merde ! Il ne l’a jamais été. Pourquoi il m’oublie ? Pourquoi il oublie que je suis là pour lui ? C’est mon frère. Je ferais n’importe quoi pour lui…"

Protéger… Protéger… Protéger…

Sam eut un petit rire nerveux.

"Protéger… Me protéger, je suppose. J’ai 22 ans. Je peux très bien me prendre en charge tout seul. Tu sais quoi Dean ? Tu n’as pas besoin de me materner. Oh, je sais ce que tu vas me dire. Je suis peut-être majeur mais tu resteras toujours mon grand frère et c’est le devoir de l’aîné de protéger, de surveiller son cadet. Ça valait pour quand on était gosses, et encore… Mais aujourd’hui ça frise l’obsession. Il n’est plus question de protection, mais de sacrifice. Et ce sacrifice, je refuse de l’accepter, tu m’entends ?!"

A bout de nerfs, miné par la colère et le chagrin, Sam se laissa emporter avant de réaliser qu’il ne connaissait pas la personne à qui il s’adressait ou plutôt… qu’il devait parler dans le vide depuis plusieurs minutes.

"Dean…?"

Agacé par le manque de réponse, il murmura entre ses dents.

"Y’a pas à dire, Papa a vraiment fait du bon boulot…"

Une brise légère se leva et le fit frissonner, à moins que ce ne soit cette voix qui s’éleva dans les airs.

"Ne sois pas si dur avec ton père… Il vous aime. A sa façon, je te l’accorde, mais il vous aime."

"Qu…"

Il releva la tête et resta figé devant cette soudaine apparition.

"M… Maman ?"

"Sam…" (en lui caressant la joue)

"Mais je te croyais partie…"

"L’empreinte que j’avais laissée dans notre maison a disparu, mais je suis toujours là. Je ne pouvais pas laisser mes deux bébés." (caressant du bout des doigts le visage de son aîné)

"Dean va aller mieux ?"

Sa voix était presque enfantine, mais il n’en avait cure. C’était sa mère devant lui ; il pouvait bien laisser de côté les conventions d’adulte pour une fois.

"Oh, mon ange, je suis désolée !..."

Ce n’était définitivement pas la réponse qu’il attendait ; il se laissa de nouveau dominer par la colère.

"De quoi ? D’être morte ? De nous avoir laissé entre les mains d’un sergent instructeur à la place d’un père ? A moins que ce ne soit parce que ce même père a fait de Dean ce qu’il est aujourd’hui. Un soldat qui place son chef sur un piédestal et toujours prêt à se sacrifier. Alors oui, tu peux être désolée."

"Samuel Winchester, n’oublie pas à qui tu t’adresses !"

"Mais…"

"Il n’y a pas de ‘mais’. J’attends."

"Pardon maman…"

"C’est mieux…"

"Mais…"

"Tu crois que je ne suis pas triste de voir mes deux bébés souffrir ? Tu crois que ça me rend pas malheureuse ces incessants sacrifices ? Et tu sais la vérité ? Ton père n’a rien à voir là-dedans. Dean a toujours a toujours été dévoué aux autres et à toi en particulier. Depuis le berceau. Tu lui ressembles beaucoup, mon ange. Plus que tu ne le crois."

Sam resta sans voix, se surprenant parfois à sourire.

"Dean et toi passez votre temps à vous sacrifier l’un l’autre. Parce que vous ne supporteriez pas que l’autre puisse souffrir. Parce que vous ne supporteriez pas de vivre l’un sans l’autre. C’est une histoire sans fin…"

"Alors Dean va se réveiller ?"

"Je suis désolée. Il ne m’appartient pas de répondre à cette question. Je n’ai pas le droit d’intervenir."

Sam soupira tristement.

"Sache seulement qu’une autre personne a vu cette propension maladive à l’autodestruction. Elle a lu la détresse, le chagrin, le besoin de l’autre, l’envie de mourir… Et cette personne a choisi de se sacrifier à votre place."

"Qui serait assez fou pour faire une chose pareille ?"

"Tu le sauras bien assez tôt, mon ange !"

"Mais pour Dean ?"

Il se retourna mais il n’y avait plus personne.

"Maman ?"

Patience… Patience… Patience…

Facile à dire. Plus difficile à entreprendre. Surtout avec ce frère inconscient à ses côtés.

Bientôt…

Et comme s’il s’agissait d’un présage, il entendit au loin des sirènes hurlantes et des pas s’approcher.

"Hello ? Y’a quelqu’un ?"

"Par ici ! C’est mon frère, il…"

"Ok. Du calme mon garçon. On s’en occupe."

"Hé les gars, par ici ! On a un arrêt cardiaque et…"

"Mon frère…"

"… un jeune homme en état de choc. Votre épaule !..."

"C’est rien… Occ… Occupez-vous de mon frère !..."

"Ne bougez plus ! Mourir n’aidera pas votre frère."

"Y’a un autre corps là-bas." Quoi ? Merde, les corps !

"C’est une femme."

"J’ai un pouls !"

"Et la femme ?"

"C’est trop tard…"

Un sacrifice…

"Qu’est-ce qu’une belle fille comme elle pouvait faire par ici ?"

La silhouette haussa les épaules.

"Sans doute une paumée. Pauvre fille !"

Sheryn…

Une larme perla à son œil droit.


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MessageSujet: Re: UN ANGE PASSE...   Dim 20 Fév - 14:06

Quelques jours plus tard.

Dean se réveilla dans le calme blanc d’une chambre d’hôpital. Une chambre sans âme ni identité. Une chambre dépourvue de chaleur humaine. Une chambre dans laquelle il manquait surtout quelqu’un. Sam. Et Sam ne l’aurait jamais laissé. Dieu, ce garçon était même au bord de l’hystérie quand il s’agissait de son grand frère. Alors une chambre d’hôpital… Non, ce n’était pas normal. Ses alarmes intérieures se mirent à s’affoler, tout comme ces machines qui prenaient ses constantes. Et en l’espace de quelques secondes, cette chambre froide et vide s’anima ; mais toujours aucune trace de Sammy.

"Monsieur ! Monsieur, calmez-vous ! Tout va bien. Vous êtes à l’hôpital." Tout va bien ? Hôpital ? Évidemment que tout va bien, Einstein ! C’est sans doute aussi parce que tout va bien que je suis attaché à tous ces trucs comme si ma vie en dépendait. Aussi pour ça que je suis seul ici sans Sammy. T’as raison mon vieux, tout va bien dans le meilleur des mondes ! Putain, dites-moi où est Sammy ! Dites-moi ce qui est arrivé à mon frère. Où est Sammy ?

Dean porta un regard déchirant au médecin, puis balaya désespérément la pièce des yeux avant de reporter son attention sur l’homme en blanc. N’obtenant pas de réponse, ses yeux s’humidifièrent.

"Monsieur ? Monsieur Jake ? Tout va bien, calmez-vous !"

"S… ? Où est Sam ?"

"Je suis désolé…"

Il devint blême. Sammy… Il se revoyait en rage, la main sur son poignard, frapper son frère. Il revoyait le corps tomber. Il revoyait le regard affolé et meurtri de Sammy. Après… Après il ne se souvenait plus de rien. C’était le trou noir. Et l’autre qui lui disait que… Non. Non. Non. Non. Non. C’était un vrai cauchemar ! Il ne pouvait pas avoir fait une chose pareille ! Il ne pouvait plus respirer. Son cœur s’affolait.

"… elle n’a pas survécu…"

Elle ? Mais de qui il parle ? Il s’en foutait de la fille. Il y en avait plusieurs qui avaient compté pour lui et elles étaient toutes mortes. La seule personne qui importait c’était Sammy. Il fronça les sourcils et regarda le médecin sans comprendre.

"Vous ne la connaissiez pas ? Pourtant j’aurais cru que… Surtout avec la réaction du jeune homme qui vous accompagnait…"

Dean n’aurait pas été entravé par toutes ces machines et été aussi fatigué qu’il aurait sans doute étranglé ce crétin. A-t-on idée de dire des choses pareilles à un cardiaque ! Ce mec devrait vraiment revoir ses méthodes.

Il déglutit et se racla la gorge autant qu’il put pour adoucir sa voix et se faire entendre un minimum.

"Sam…"

"Qui ça ?"

"Où est Sam ?"

"Le jeune homme qui était avec vous ?" C’est ça mon mignon… Alors ça y est, ça percute quelque part dans ta tête ?

Il hocha la tête en signe d’assentiment.

"Celui avec la blessure à l’épaule d’origine inconnue ?"

Dean ouvrit la bouche pour parler mais ne souffla mot, se contentant de baisser la tête tristement. Sammy…

"L’hystérique qui ne voulait pas vous laisser sous prétexte que vous auriez besoin de lui au réveil ?"

Ça c’est mon Sammy ! Quant à toi mon gars, attends voir que je sorte de ce lit et je te botterais le cul. Sammy s’inquiète souvent pour un rien, mais il n’en reste pas moins un gentil garçon.

"Celui qu’il a fallu maîtriser, attacher et à qui on a dû administrer des calmants…" Ils ont fait quoi ?

"De toute façon, ça ne pouvait pas lui faire de mal… Ce garçon avait vraiment besoin de repos."

Et toi tu as vraiment besoin qu’on te remette les idées en place.

"Sammy…" Qu’est-ce qu’ils t’ont fait ?

"Petit ami…?" (d’un air méprisant) Mais qu’est-ce qu’ils ont tous avec ça ?

Dean lui jeta un regard noir qui en disait long sur son avis sur la question.

"Petit frère."

A ces mots, le médecin, qui brillait par son incommensurable connerie depuis son arrivée dans la chambre, devint blême et bafouilla quelques excuses. Le foudroyant toujours du regard, Dean se redressa sur son lit pour se faire d’autant plus menaçant.

"Je. Veux. Voir. Mon. Frère !"

"Je suis désolé mais…"

"Vous m’avez peut-être mal compris docteur… docteur Moore. J’ai dit que je voulais voir mon frère."

"Mais dans votre état…" Tu sais ce qu’il te dit mon état ?

"Docteur… Vous tenez réellement à ce que je fasse un rapport sur cet établissement et sur son personnel ?"

Le principal intéressé ouvrit la bouche pour parler, mais Dean le coupa sans ménagement.

"Et puis d’abord comment s’appelle ce charmant établissement ?"

"A… A… lalala… cliiii…niiiiique d’Heb…Hebgen Lake."

"Ça serait vraiment dommage que cette clinique perde son cachet à cause d’un simple souci de réputation…" (avec un regard doucereusement assassin)

Le visage du médecin se décomposa de nouveau ; Dean avait visé juste.

"Je vais demander personnellement à ce que vous soyez tous les deux dans la même chambre…"

"Et ben voilà, quand vous voulez…"


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MessageSujet: Re: UN ANGE PASSE...   Dim 20 Fév - 14:16

Sam laissa ses affaires dans un coin de la pièce, prit un des cookies que son amie avait préparé pour lui avec amour et se dirigea vers la chambre, d’humeur joyeuse. La dernière chasse avec son frère avait été des plus éprouvantes et son entretien de demain était des plus sérieux. C’est donc sourire aux lèvres qu’il se laissa retomber sur le lit et ferma les yeux, sans prendre le temps ni de se déshabiller ni de défaire les draps.

De fines gouttelettes vinrent s’écraser sur son visage, venant troubler sa quiétude. Il avait beau tenter de s’y soustraire, rien n’y faisait. Il se décida alors à ouvrir les yeux. Instantanément, un point blanc au plafond attira son regard. Mal lui en prit. Au niveau du bas ventre, une tache d’un rouge insolent commençait à s’étendre et le plongeait dans l’horreur.

"Sam ! Pourquoi Sam ? Pourquoi ?"

Il l’entendit encore prononcer son prénom avant qu’elle ne soit entièrement avalée par les flammes.

"Non ! Non ! Non ! Jess !" (tout à la fois hypnotisé par les flammes et terrifié de ce qu’il venait de vivre)

Sam se trouvait sur les rives de l’Hebgen Lake, encore sonné par sa sinistre découverte, amer aussi. Il était de nouveau seul. C’était définitif cette fois. Il refusait juste de l’admettre. C’était trop dur… trop lui demander. Il n’en avait pas la force. Il était en colère surtout. Contre Dean. Contre la terre entière… Contre lui-même. Pour l’heure, cette colère était dirigée contre la seule autre personne animée par la vie.

"Qu’est-ce que tu peux comprendre à ma douleur ? Tu n’es pas moi. Tu n’es même pas humaine. Aucune d’entre vous ne l’était ! Et regarde où j’en suis maintenant !"

Il le savait, c’était un coup bas, mais il avait trop mal… si mal… Après Jess, c’était Dean qu’il perdait. C’était la mort de trop. C’était la goutte qui faisait déborder le vase. Il avait perdu sa boussole et avec elle le nord. Il avait perdu tout goût pour l’Amour. Il avait même renoncé à tous ses bénéfices. Dieu en était témoin, il adorait… non, il aimait cette femme. Elle ne méritait pas ça mais pour l’heure, la douleur était si grande… si intense… qu’il ne pouvait rien faire d’autre que la blesser. C’était mieux pour elle qu’elle s’en aille sinon Dieu seul savait jusqu’où il pourrait aller. Il ne voulait pas en arriver là et pour l’éviter, il devait s’éloigner. Sam détourna la tête et tourna les talons. Ça lui déchirait le cœur mais il devait le faire. Pour elle. Pour sa sécurité. Par amour… Une décision pour deux mais sans que l’autre ait été consulté.

"Et alors c’est tout ? Tu t’en vas comme ça ? Et moi dans tout ça, tu y as pensé ?"

"Tu fais pareil de ton coté. Je ne veux plus te voir."

Il devait le faire…

"Tue-moi Sam ! Tu l’as promis. Tue-moi !" C’est au dessus de mes forces. Ne me demande pas ça… Ne me demande pas ça.

"Ça ne serait pas faire honneur à sa mémoire. Il n’a jamais été question de tuer une innocente. Dean ne t’appréciait peut-être pas, mais il savait que tu n’étais en rien coupable."

"Mais je suis une sirène !"

"Nous sommes peut-être chasseurs mais nous avons des principes, Sheryn ! Nous ne tuons pas par envie mais par nécessité. Tu ne rentres pas dans cette catégorie, alors va-t-en !"

"Je n’ai plus personne et je ne connais rien de ce monde. Ce que je te demande, je te le demande comme une faveur. Laisse-moi rejoindre les miens ! Laisse-moi mourir ! Tue-moi ! Je t’en supplie, tue-moi !"

"Je suis désolé. Je ne peux pas faire ça…"

"Pourquoi ?"

"Va-t-en ! Laisse-moi tranquille !"

"Pourquoi ?"

De l’eau glissa sur sa peau comme sur les écailles d’un poisson. D’abord lentement puis en torrent, jusqu'à ce que eau et sirène se confondent et disparaissent dans une explosion…

"POURQUOI SAM ?"

Il se réveilla en sueur sur cette énième question. Ce n’était pas la première fois qu’on la lui posait… encore moins la première personne. Ça rouvrait une blessure d’autant plus douloureuse qu’elle commençait à peine à cicatriser.

"Sam ? Sammy ?"

Le principal intéressé tourna lentement sa tête, le regard vide, à peine conscient du monde qui l’entourait.

"Sammy ? Hé, p’tit frère !"

"De… Dean ?"

Un mirage, ça ne pouvait être qu’un mirage…

"En chair et en os !"

"Oh !"

"Bon je suis condamné à garder toutes ces machines autour de moi… Etonnant pour un mort-vivant."

Il se targua d’un sourire mais il disparut bien vite devant le manque de réaction de son petit frère.

"Dean…?"

"Oui Sammy ?"

"Tu vas bien ?"

"C’est plutôt à moi de te demander ça. C’est toi qui t’es fait poignarder. D’ailleurs… pardonne-moi pour ça."

"Ce n’était pas ta faute."

"Pas ma faute ? Tu rigoles !? T’es mon p’tit frère. Je t’ai nourri, bordé, langé. Je t’ai vu, connu sous diverses tenues, dont une qui te ferait sans doute rougir. J’aurais dû te reconnaître. Au lieu de ça, je t’ai pris pour cette salope !"

"Après tout ce que tu venais d’endurer… Je ne peux pas t’en vouloir. Les tortures. Les morts. Elle cherchait à te briser."

"Ouais. Elle a plutôt bien réussi… Mais… Comment t’es au courant ?"

Il leva la tête vers son frère, mais celui-ci venait de nouveau de se replier dans sa coquille.

"Sammy...?"

Un ange passa.

POURQUOI SAM ?

"Tu crois que j’attire la mort ?" (regard déchirant)

"Hein ? Quoi ? Attends. Rembobine là, parce que je crois que j’ai loupé un truc !"

"Il y a d’abord eu maman… puis Jess… Sheryn… Toi…"

"Oh ! Doucement là, j’suis vivant !"

"Tu étais mort, Dean ! Et c’était de ma faute !"

"Sammy… On en a déjà parlé. Tout ça, c’était le démon. Ce n’était pas ta faute !"

"Ah ouais ? Et il était où le démon quand tu es mort ? Quand Sheryn est morte ? Non, il n’y avait que nous deux. Il n’y avait que moi."

"Sammy… Je suis désolé mais…"

Sam fut pris d’un rire nerveux.

"Toi aussi t’es désolé ? Faut croire que c’est de saison. Allez, dis-moi, c’est quoi ton problème avec elle ? C’est parce qu’elle était sirène ou parce qu’elle m’aimait ? Peut-être les deux…"

"Sammy je…"

"Non mais ne t’inquiète pas, je comprends. Moi-même j’ai du mal à l’admettre. Nous formions un duo atypique… Un couple amoureux et j’ai tout simplement été odieux…"

POURQUOI SAM ?

"J’ai été odieux et je n’ai plus aucun moyen de me rattraper. Aucune chance de lui dire combien je l’aimais. Et le pire dans tout ça, c’est que je sais que si j’en suis là… à la pleurer… c’est de ma faute. Un malheureux concours de circonstances… La faute à mon fichu caractère. J’étais tellement accaparé par ma propre souffrance que je n’ai pas vu la sienne… que je n’ai pas voulu la voir… Elle se sentait si seule… si mal… Je ne voulais rien savoir… alors je l’ai laissée partir. Disons que je n’ai rien fait pour la retenir. Je l’ai abandonnée, Dean. Elle en est morte. Je pensais qu’elle ne pouvait pas comprendre ce que je pouvais ressentir. J’avais tort. Elle en savait bien plus que moi. Elle avait tout compris. Sur moi. Sur nous. Sur notre famille. Elle a vu qu’elle n’y avait pas sa place et elle est partie… Pour toujours."

"Sammy…"

"Si tu savais comme je regrette ! Si tu savais comme j’ai mal !... Elle est morte à cause de moi. Parce qu’elle ne comptait pas assez pour moi. Elle est morte pour moi. Parce qu’elle savait que sans toi il n’y avait pas d’avenir. Alors elle m’a fait don de la plus belle des choses. Sa vie. Contre la tienne. Contre la mienne. Je lui en veux pour ça ; je lui en serais éternellement reconnaissant aussi mais… elle me manque mec !"

"Sam ? Hé, Sammy ?!"

Le principal intéressé leva des yeux mouillés de larmes vers son frère.

"Tu peux encore faire quelque chose pour elle. Tu sais… pour lui rendre hommage. Tu l’aimais. Je lui suis redevable. Elle mérite bien plus que l’oubli. Tu ne crois pas ?"

Un petit sourire triste se dessina sur les lèvres de Sam et il hocha la tête.

Quelques jours plus tard

Les deux frères se retrouvaient là où tout avait commencé et où tout allait finir, face à l’Hebgen Lake, dans ce lieu paradisiaque où la nature avait gardé tous ses droits. Sam tenait entre ses mains une petite boîte. C’était tout ce qu’il restait d’elle… de son amour… et il s’apprêtait à lui faire aussi le plus beau des cadeaux.

"Ça va aller ?" (en pressant sa main sur l’épaule de son frère)

"Je dois le faire. Après tout ce qu’elle a sacrifié, je lui dois bien ça. Je crois aussi que j’ai besoin de me faire pardonner, même si je ne suis pas sûr de le mériter."

Ils échangèrent un regard qui se passa de tout commentaire. Sam prit une grande inspiration et s’approcha de la rive, tandis que son frère restait en retrait. Ce n’était pas à proprement parler une cérémonie solennelle, mais elle en avait le cachet. Respect. Intimité. Silence.

"Sheryn… je ne t’ai pas connue longtemps mais tu as bouleversé mon existence. Tu m’as rappelé à quel point de petites choses… des plaisirs simples… pouvaient m’apporter. Tu m’as ouvert les yeux sur la vie et je ne reconnais que maintenant la chance que j’ai eu de te connaître. Un peu tard pour ça, c’est vrai. Pardon… Pour tout ça. Pour tout ce que tu m’as apporté, pour tout ce que tu m’as donné sans condition, je voulais t’offrir quelque chose d’exceptionnel. La dernière fois qu’on s’est vus, tu m’as dit vouloir retrouver les tiens… vouloir retrouver ta famille. Je ne sais pas si elle existe encore mais… Tu étais une sirène. Tu vivais ici à une autre époque. Ici c’est chez toi alors repose-y en paix !"

Sur ce il dispersa les cendres de sa bien-aimée dans les eaux du lac.

"Je t’aime Sheryn !"

Une larme glissa sur sa joue et il lui sembla entendre une voix portée par le vent.

Je t’aime Sam…


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FIN


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